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“Raphaëlle Peria” Fluo Bleaching

Ă  la Galerie Papillon, Paris

du 3 octobre au 7 novembre 2020

Galerie Papillon

PODCAST - Interview de Raphaëlle Peria, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 octobre 2020, durée 14’21. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de RaphaĂ«lle Peria,

par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 octobre 2020, durée 14’21, © FranceFineArt.


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© Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, visite de l’exposition avec RaphaĂ«lle Peria, le 13 octobre 2020.

Raphaëlle Peria, Zoohantus, 2020. Grattage sur photographie. 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Zoohantus, 2020. Grattage sur photographie. 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Acropora, 2020. Grattage sur photographie, 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Acropora, 2020. Grattage sur photographie, 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Colpophyllia, 2020. Peinture, grattage sur photographie, 105 x 70 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Colpophyllia, 2020. Peinture, grattage sur photographie, 105 x 70 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Les voleurs de couleurs #3, 2020. Peinture sur photographie, 24 x 32 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Les voleurs de couleurs #3, 2020. Peinture sur photographie, 24 x 32 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Les voleurs de couleurs #8, 2020. Peinture sur photographie, 24 x 32 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Les voleurs de couleurs #8, 2020. Peinture sur photographie, 24 x 32 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Montipora, 2020. Grattage sur photographie, 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Montipora, 2020. Grattage sur photographie, 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Sarcophyton, 2020. Grattage sur photographie, 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.
Raphaëlle Peria, Sarcophyton, 2020. Grattage sur photographie, 30 x 40 cm. Courtesy de l’artiste et Galerie Papillon.

Extrait du communiquĂ© de presse :


Entretien entre Gaël Charbau et l’artiste – été 2020



GaĂ«l Charbau : La sĂ©rie d’oeuvres que tu prĂ©sentes Ă  la galerie Papillon marque une nouvelle Ă©tape dans ta pratique, quel a Ă©tĂ© son point de dĂ©part ?

RaphaĂ«lle Peria : En dĂ©but d’annĂ©e, j’avais pour projet de partir Ă  Tahiti pour rendre visite Ă  une association avec laquelle je suis en lien, qui tente de sauvegarder des coraux en permettant Ă  tout le monde de les parrainer. Ils protègent et font pousser les coraux grâce Ă  des couveuses, puis les rĂ©introduisent ensuite dans leur environnement naturel. Je devais y rĂ©aliser des photos, qui sont toujours la base de mes oeuvres, pour les retravailler Ă  mon habitude. Le confinement a bouleversĂ© mes plans… ! Je me suis donc dĂ©cidĂ©e Ă  faire la tournĂ©e des aquariums pour constituer une banque d’image de ces coraux, que j’ai photographiĂ©s dans ces environnements « fictifs ». Les aquariums se sont rĂ©vĂ©lĂ©s très intĂ©ressants comme point de dĂ©part, car ce sont des espaces composĂ©s, mis en scène, comme des dioramas, avec une prĂ©sence très forte de la lumière qui affirme les couleurs.


G.C. : C’est en effet la première sensation que l’on Ă©prouve, cette prĂ©sence nouvelle de la couleur dans ton travail…

R.P. : J’en avais très envie ! Les coraux offrent une très grande variĂ©tĂ© de textures et de matières. Ma technique de grattage de l’image photographique fait toujours ressurgir la blancheur du papier, dans cette nouvelle sĂ©rie j’ai voulu pour la première fois introduire directement la couleur, et donc la peinture.


G.C. : Il y a deux sĂ©ries, l’une oĂą la peinture est traitĂ©e en aplat qui vient crĂ©er comme des « taches » dans l’image, et l’autre oĂą tu as peint des sacs plastiques sur des photographies en noir et blanc. Peux-tu m’expliquer ton procĂ©dĂ© ?

R.P. : Pour les images de sacs plastiques, pour la première fois ce ne sont pas mes photographies. J’ai collectĂ© des vues sous-marines libres de droit sur internet. J’ai ensuite Ă©tabli une collection de photos de sacs : je les ai isolĂ©s et placĂ©s par montage dans les fonds, puis je les ai peints, directement sur la photo. Pour les images en noir et blanc, j’ai parfois creusĂ© la surface avant de la peindre. J’ai travaillĂ© avec la peinture Flashe, qui est Ă  mi-chemin entre la gouache et l’acrylique et qui fonctionne parfaitement avec la surface des tirages photos.


G.C. : Le fait d’amener la peinture en aplat rend l’image presque complètement abstraite et lui Ă´te sa profondeur, un peu comme dans la perspective dite « étagĂ©e » que l’on retrouve chez les primitifs et dans diffĂ©rentes civilisations…

R.P. : Oui, on éprouve aussi cette sensation de collage dans les formats assez grands. Et comme je travaille toujours avec de petits outils, on perçoit certainement moins qu’avant cette texture triturée de l’image. On se perd plus facilement dans l’oeuvre qui devient un véritable paysage à parcourir, un espace.


G.C. : Mais ce qui est paradoxal, c’est que ces sacs plastiques deviennent dès lors très esthĂ©tiques…

R.P. : J’aime jouer sur cette ambiguïté, j’ai fait en sorte de créer ces taches allusives pour qu’on ne puisse pas immédiatement voir qu’il s’agit de sacs plastiques. Le titre de l’exposition, Fluo Bleaching, vient du terme « coral bleaching » que l’on utilise pour parler du blanchissement du corail, qui meurt notamment en raison de notre impact environnemental. C’est aussi pour cela que j’ai intitulé la série Les voleurs de couleurs, c’est un peu comme s’ils venaient voler toute la couleur des coraux…


G.C: Depuis quand date cet engagement Ă©cologique dans ton travail ?

R.P. : Je crois que ça date de ma première exposition à la Galerie Papillon, lorsque j’ai choisi l’endroit où je prenais les photos. J’ai commencé à recenser des écosystèmes dont j’ai envie de parler. Ça a commencé avec les ruines d’Ephèse et d’Angkor, lieux où l’on perçoit la dualité homme/nature, et comment cette dernière reprend ses droits. Ensuite, je me suis orientée vers des sites où sont visibles les changements climatiques ou la surexploitation des ressources sur un écosystème. Les dernières séries que j’ai réalisées ont pour sujet les marécages du nord de la France (Narcissus in Flores) où j’ai pu faire des recherches sur des plantes disparues. Une autre série (Aridatis et Inundatio) est dédiée à une cité thermale implantée à côté d’un lac en Argentine où je suis allée l’année dernière. Des entrepreneurs corrompus y ont construit une digue mais en détournant une partie de l’argent… La construction n’a pas résisté à l’immense inondation qui a dévasté la ville et l’a plongée 14 ans sous l’eau… Il y a quelques années, l’eau a commencé à se retirer et j’ai photographié les premières plantes qui émergent de ces ruines que l’on découvre au fur et à mesure. J’essaie de donner du sens aux voyages que je fais, et mon travail témoigne désormais de cette prise de conscience.


G.C : Tes images sont pourtant assez ambiguës, car même si dans cette nouvelle série la peinture est un élément « artificiel » ou exogène, elle en devient fascinante, créant une surprise visuelle qui enrichit beaucoup l’image photographiée…

R.P. : C’est vrai, mais ces « taches » viennent aussi jouer en contraste avec la blancheur maladive du corail. Les titres des oeuvres sont par ailleurs les noms latins des coraux prĂ©sents sur l’image, Ă  la façon d’un relevĂ© scientifique. Le corail meurt notamment en raison du rĂ©chauffement de l’eau. Il est normalement habitĂ© par des polypes, qui migrent ou qui meurent Ă  une certaine tempĂ©rature, raison pour laquelle le corail perd toute sa couleur. J’ajoute donc pour la première fois de la matière « peinture » pour souligner la richesse vitale de ce qui est photographiĂ©.