Agenda CulturelIncontournablesPodcasts

🔊 “K-Beauty” Beauté coréenne, histoire d’un phénomène, au Musée national des arts asiatiques – Guimet, du 18 mars au 6 juillet 2026

Partage

 


“K-Beauty” 
Beauté coréenne, histoire d’un phénomène

au Musée national des arts asiatiques – Guimet, Paris

du 18 mars au 6 juillet 2026

Musée Guimet


Entretien avec Claire Bettinelli, chargée de productions des expositions et des collections comporaines - musée Guimet et co-commissaire de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 17 mars 2026, durée 24’19, © FranceFineArt.

PODCAST –  Entretien avec
Claire Bettinelli,
chargĂ©e de production des expositions et des collections contemporaines – musĂ©e Guimet, et co-commissaire de l’exposition,


par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 17 mars 2026, durĂ©e 24’20,
© FranceFineArt.


previous arrow
K-Beauty
next arrow
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
K-Beauty
previous arrow
next arrow
©Anne-Frédérique Fer, vernissage presse, le 17 mars 2026.


Extrait du communiqué de presse :


Commissariat :
Claire Bettinelli, musée Guimet
Claire Trinquet-Solery, musée Guimet


Depuis plus d’une décennie, la beauté coréenne s’invite partout, de nos salles de bains à nos écrans. Sous l’étiquette « K-beauty », elle désigne une industrie cosmétique qui se déploie dans un vaste écosystème culturel et artistique. Grâce à l’engouement mondial pour la création coréenne, qu’elle soit musicale (K-pop), télévisuelle (K-drama) ou culinaire (K-food), la K-beauty diffuse largement son langage esthétique extra-occidental.

Mais qu’est-ce qu’être belle ou beau en CorĂ©e ? Cette question s’inscrit dans une histoire millĂ©naire du regard et dans un hĂ©ritage culturel et philosophique d’une grande complexitĂ©. Canons de beautĂ©, art du rituel ou des formulations : la beautĂ© corĂ©enne contemporaine invoque rĂ©gulièrement ce riche passĂ© et particulièrement la fin de l’ère Joseon (fin du 18e – dĂ©but 20e siècle), pĂ©riode oĂą se forme une reprĂ©sentation de l’individu et une expression de la beautĂ© singulières qui imprègnent encore aujourd’hui le soft power corĂ©en.

Voyageant dans près de 300 ans d’histoire, cette exposition présente des chefs-d’oeuvre issus de musées coréens et internationaux, et des collections du musée Guimet. Ils côtoient des objets et témoignages modernes et contemporains qui illustrent la permanence des modèles anciens mais aussi leur métamorphose au contact d’un monde globalisé.

L’exposition interroge ainsi l’évolution de l’idée de beauté en Corée, sans cesse réimaginée.

Kim In-soong (1911-2001), Femme 1966, Séoul, musée national d’Art moderne et contemporain de Corée.

Kim In-soong (1911-2001), Femme 1966, Séoul, musée national d’Art moderne et contemporain de Corée.

Kim In-soong (1911-2001), Listening, 1966, Séoul, musée national d’Art moderne et contemporain de Corée.

Kim In-soong (1911-2001), Listening, 1966, Séoul, musée national d’Art moderne et contemporain de Corée.

Kim Hong-do (1745-1814 ?), Scène de genre (détail) Époque Joseon (1392-1910), 18e  siècle. Paravent à huit panneaux, Paris, musée Guimet, don Mme Louis Marin (1962).

Kim Hong-do (1745-1814 ?), Scène de genre (détail) Époque Joseon (1392-1910), 18e  siècle. Paravent à huit panneaux, Paris, musée Guimet, don Mme Louis Marin (1962).

I- Les beautés de Joseon
À la fin de l’ère Joseon, les femmes de la haute société étaient largement dissimulées au regard. Elles vivaient dans des appartements séparés au sein de leur domicile et restaient couvertes lors de leurs rares sorties. Peu représentées, les femmes coréennes deviennent, au 18e siècle, le sujet de romans et d’un genre pictural, les Miindo, ou « portraits de beautés ». Avec son oeuvre, Shin Yun-bok (1758-après 1813) crée l’emblème d’une beauté distinctement coréenne. Peintre de grand renom, il représente les femmes à travers un prisme masculin et transgressif : un motif récurrent de son oeuvre est en effet la courtisane (gisaeng), qui évolue plus librement dans des espaces partagés entre hommes et femmes. Connues pour leur esprit, mais aussi leur style innovant, ces femmes socialement marginalisées arborent un teint plus fardé que les femmes réputées vertueuses et portent des coiffes savamment excentriques et des tenues colorées. Cet héritage visuel, sans cesse réinventé, se manifeste encore à travers de nombreuses représentations contemporaines : photographie, mode, cinéma, ou encore les romans graphiques (manhwa) ou leurs versions publiées en ligne (webtoons). Dans le webtoon La Manche Rouge, la Corée du roi Jeongjo (1752-1800) est dépeinte avec des codes de beautés contemporains, tels que de grands yeux, des sourcils droits, ou un menton plus dessiné qu’ovale.

II- Cosmétiques et remèdes : l’art du soin
La beauté coréenne contemporaine est notamment connue pour sa routine en étapes multiples et l’importance accordée à la peau, pour les hommes comme pour les femmes. Ses pratiques – toilette, coiffure, habillement ou encore art du parfum –, ont été décrites dès la fin du 15e siècle dans des manuels d’éducation destinés aux femmes de cour. Elles relevaient alors de la vertu, de la pudeur et du respect des convenances. Influencée par un néoconfucianisme particulièrement strict, la beauté coréenne coïncidait, en principe, avec une esthétique féminine de la retenue : un teint clair, des cheveux soignés, des vêtements sobres et nets, des ablutions quotidiennes. Ainsi, des recettes de poudres à visée éclaircissante, d’huiles parfumées ou de baumes protecteurs étaient transmises entre générations et consignées dans des manuels médicaux comme le Donguibogam, qui illustrent le lien étroit entre beauté et santé en Corée. Le gyubang, espace assigné aux femmes dans la maison traditionnelle, était un des lieux où se déployait cette culture matérielle raffinée destinée aux élites.

III- Beauté en tension, regards en transition
Marqué par des dominations et influences étrangères successives, le 20e siècle en Corée voit l’émergence de codes esthétiques nouveaux, dans la manière de représenter la beauté comme de la vivre. Influencées par les Garçonnes occidentales des Années folles, les femmes coréennes issues du mouvement féministe de la « Nouvelle Femme » raccourcissent la longue chevelure néo-confucéenne tandis que la coupe du vêtement traditionnel (hanbok) se modernise. La mode occidentale et ses codes de beauté inondent le pays à la suite de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945) et de la Guerre de Corée (1950-1953), alors que l’influence américaine se renforce dans un pays désormais divisé et en reconstruction. Beauté traditionnelle et canons occidentaux se côtoient, dans les arts comme dans les rues, et leur cohabitation devient, avec l’emblématique film Une femme libre (1956), le témoignage de la lente dissolution des structures anciennes du pays.

IV- De la beauté coréenne à la K-beauty
À la fin du 20e siècle, la rapide croissance de la Corée du Sud, qui gagne en reconnaissance internationale avec les Jeux Olympiques de 1988, s’accompagne d’une politique très volontariste d’influence culturelle. Cette « vague coréenne » (ou Hallyu), sera perçue, en partie, comme une réponse forcée à la crise économique asiatique de 1997. À partir des années 2010, le préfixe « K » s’accole aux exportations culturelles proposées par la péninsule, dont la K-beauty. Car plus qu’une industrie cosmétique, cette dernière est progressivement devenue une culture visuelle à l’influence mondiale, portée par des célébrités, aussi bien hommes que femmes. En quelques décennies, les critères de beauté coréens ont évolué, jouant de références au patrimoine coréen mêlées à des codes occidentaux, et se sont imposés partout grâce aux K-dramas, à l’industrie cinématographique et à la K-pop. La beauté est aujourd’hui un sujet central dans la société sud-coréenne et la pression qui en découle se ressent dans le travail d’écrivains, d’artistes, ou de cinéastes.

Attribué à Kim Hong-do (1745-1814 ?), Femme se coiffant, Époque Joseon (1392-1910), seconde moitié du 18e siècle, Séoul, musée d’art de l’Université nationale.

Attribué à Kim Hong-do (1745-1814 ?), Femme se coiffant, Époque Joseon (1392-1910), seconde moitié du 18e siècle, Séoul, musée d’art de l’Université nationale.

Oh Heinkuhn (né en 1963), Three Boys in Front of Bogwang Karaoke, Série Itaewon Story. 1993 © Heinkuhn Oh / Courtesy of the Artist..

Oh Heinkuhn (né en 1963), Three Boys in Front of Bogwang Karaoke, Série Itaewon Story. 1993 © Heinkuhn Oh / Courtesy of the Artist..

Han Youngsoo (1933-1999), Myeongdong, 1958, Séoul, Fondation Han Youngsoo © Han Youngsoo.

Han Youngsoo (1933-1999), Myeongdong, 1958, Séoul, Fondation Han Youngsoo © Han Youngsoo.