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“Le lendemain du jour où je suis morte“

Photographies de Anne-Frédérique Fer

du 10 avril au 28 mai 2014

annefrederiquefer.com

PODCAST –  Interview de l’artiste Anne-Frédérique Fer

par Pierre Normann Granier, à Paris, le 9 avril 2014, durée 5’37 ». © FranceFineArt.

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©FranceFineArt, accrochage de l’exposition.

Anne-Frédérique Fer, (re)construction (détail), 2012. Prises de vue film argentique, tirages jet d’encre, 40,6 x 44cm. Collection de l’artiste.


Des tirages photographiques suspendus dans une halle désaffectée, comme étendus là pour sécher, leur aspect brillant et humide lacère comme une lame l’espace gris et lourd d’une dense poussière mate. Anne-Frédérique Fer réalise un travail sur le deuil, les deuils, celui du père et celui d’un mariage. En maîtrisant une photographie sans artifices elle réussit à libérer l’entière puissance de ces émotions trop longtemps retenues dans un corps.

Première série, (dé)liée présente la robe de mariée devenue personnage principal d’un drame en 7 actes. Réalisée dans l’espace même qui sert aujourd’hui de galerie à cette exposition. Un modèle habillé de noir tente de s’approcher de la robe qui lévite tel un ange dans le hangar vide, esquivant toute tentative de possession. L’étoffe vaporeuse, presque irréelle de blancheur est le personnage central, éblouissant de sa présence l’environnement sale. Vêtement à usage unique, il ne sera plus jamais porté, sa vacuité dialogue avec celle du vaste bâtiment abandonné dont la souillure vient nous rappeler que les cheminements de la vie viennent à bout de toute pureté.

(re)construction est un court récit en 3 tableaux. L’artiste gît sur un lit, nous tournant le dos dans une nudité d’autant plus courageuse qu’elle est la page ténue où sont gravées les destructions intimes. L’image est morcelée en plusieurs photographies carrées, corps chirurgicalement découpé et recousu, rallongé par la juxtaposition des fragments qui se recoupent. Tantôt nu, puis recouvert du vêtement opératoire et enfin de la robe de mariée, le corps se reconstruit au fur et à mesure d’un douloureux travail de deuil. La chambre blanche baignée de lumière, si elle pourrait être hôpital et église, reste un espace hors le monde, entre l’existence et la mort, un soupir entre deux souffles de vie.

La dernière série, prédateur(s), clôt ce parcours. Dans le riche décor du musée de la chasse, l’artiste et sa robe dansent un étrange ballet avec les animaux exposés. D’abord juste la robe et l’animal, puis un deuxième cliché où le modèle vient prendre sa place. Le deuil est achevé, la rupture entre l’habit et le corps est consommée. Le monde animal permet à la femme désormais reconstruite de revenir parmi nous. Les prédateurs, malgré le titre, n’en sont pas, ils se font défenseurs, alliés ou bien se laissent enlacer par un geste de protection. Ils sont le danger que représente l’homme, son potentiel à blesser et à détruire, que la photographe qui se fait ici modèle réapprend à séduire. Comment ne pas penser à la symbolique emblématique de King Kong quand Anne-Frédérique pose avec un imposant gorille comme un couple chez le photographe ?

Le cycle s’achève, la robe de mariée trouve sa place dans une mémoire apaisée, la maintenant ex-mariée termine sa métamorphose et démarre sa nouvelle existence.


Sylvain Silleran

remerciements à : 
Jérôme Coumet maire du 13e arrondissement de Paris,
Frédéric Claramunt directeur developpement et directeur commercial de Jaulin groupe,
Claude d’Anthenaise directeur du musée de la Chasse et de la Nature,
Rosalie Nguyen,
Cécile Vandermeersh,
Frank Denon,
Marie Guerre,
Sylvain Silleran,
Mireille Besnard,
Pierre-Normann Granier.
Ainsi qu’à toute l’équipe, du Musée de la Chasse et de la Nature, et de la Halle Freyssinet.


©Pierre Normann Granier