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“Luxes” 

au musée des Arts Décoratifs, Paris

du 15 octobre 2020 au 2 mai 2021

MAD

PODCAST - Interview de Cloé Pitiot, Conservatrice au Département moderne et contemporain au Musée des Arts Décoratifs, et co-commissaire de l'exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 14 octobre 2020, durée 21’14. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de CloĂ© Pitiot, Conservatrice au DĂ©partement moderne et contemporain au MusĂ©e des Arts DĂ©coratifs, et co-commissaire de l’exposition,

par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 14 octobre 2020, durĂ©e 21’14, © FranceFineArt.


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© Anne-Frédérique Fer, vernissage presse, le 14 octobre 2020.

Paravent Course dans la forêt, Armand-Albert Rateau, Création du modèle vers 1925, fabrication, vers 1930, Paris. Laque, monture en fer. © MAD Paris / Christophe Dellière.
Armand-Albert Rateau, Paravent « Course dans la forêt », Création du modèle vers 1925, fabrication, vers 1930, Paris. Laque, monture en fer. © MAD Paris / Christophe Dellière.
Parure de tête, Chine, dynastie Qing (1644-1912), XIXe siècle. Vannerie, plumes de martin-pecheur, pierres fines, verre, carton, papier, fils métalliques, fibres textiles. © MAD, Paris / Jean Tholance.
Parure de tête, Chine, dynastie Qing (1644-1912), XIXe siècle. Vannerie, plumes de martin-pecheur, pierres fines, verre, carton, papier, fils métalliques, fibres textiles. © MAD, Paris / Jean Tholance.
René Lalique, Collier Noisette, Vers 1900, Paris. Or, diamants, émail, verre. Paris, Musée des Arts Décoratifs. © MAD Paris / Christophe Dellière.
René Lalique, Collier Noisette, Vers 1900, Paris. Or, diamants, émail, verre. Paris, Musée des Arts Décoratifs. © MAD Paris / Christophe Dellière.
Malle Pullman, Duc de Windsor, Goyard, 1942. © Goyard
Malle Pullman, Duc de Windsor, Goyard, 1942. © Goyard
Cuillère coquillage, XVIe siècle, Allemagne. Manche en argent fondu, ciselé et gravé, cuilleron en coquillage. Paris, Musée des Arts Décoratifs. © MAD, Paris / Jean Tholance.
Cuillère coquillage, XVIe siècle, Allemagne. Manche en argent fondu, ciselé et gravé, cuilleron en coquillage. Paris, Musée des Arts Décoratifs. © MAD, Paris / Jean Tholance.
Trésor de Boscoreale, Découvert à Boscoreale, villa Pisanella, en 1895. Italie, 1er siècle avant J.-C. - 1er siècle après J.-C. . © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Hervé Lewandowski.
TrĂ©sor de Boscoreale, DĂ©couvert Ă  Boscoreale, villa Pisanella, en 1895. Italie, 1er siècle avant J.-C. – 1er siècle après J.-C. . © RMN-Grand Palais (musĂ©e du Louvre) / HervĂ© Lewandowski.

Extrait du communiquĂ© de presse :


Commissaires

Olivier Gabet, Commissaire général, Directeur du Musée des Arts Décoratifs

Assisté de Cloé Pitiot, Conservatrice au Département moderne et contemporain au Musée des Arts Décoratifs



À la suite de « Dix mille ans de luxe », conçue en partenariat avec le Louvre Abu Dhabi en 2019, le Musée des Arts Décoratifs présente, du 15 octobre 2020 au 2 mai 2021, « Luxes ». L’exposition propose un voyage à travers le temps et la géographie, alliant des moments de contemplation et des scansions plus monumentales, offrant à chacune des 100 oeuvres présentées l’espace le plus pertinent pour la délectation et la compréhension.

Le parcours, chronologique et thématique, ouvre deux lieux emblématiques pourtant habituellement fermés à la visite : le salon 1900, mémoire vivante de l’Exposition universelle de Paris, une commande du musée pour célébrer l’Art nouveau et les arts décoratifs français, et le salon des Boiseries, dévoilant d’autres chefs-d’oeuvre du décor européen, dont un incroyable lustre de Venini exposé à Paris en 1925, une salle généreuse où lire et rêver, en prenant le temps, face aux Tuileries et au rythme de la ville. Sensible et encyclopédique, sélective et historique, l’exposition offre ainsi, pour la première fois à Paris et au Musée des Arts Décoratifs, une certaine idée du luxe à l’usage du monde contemporain. La scénographie a été confiée à Nathalie Crinière et à son agence, avec la participation exceptionnelle de la Confédération européenne du Lin et du Chanvre.

Fondé en 1864 par les représentants des industries d’art qui devaient devenir plus tard ce que nous connaissons sous le nom d’industries du luxe, le Musée des Arts Décoratifs a, sans aucun doute, une légitimité particulière à proposer une exposition sur un tel sujet. Ses collections se sont constituées de manière rétrospective ou simultanée afin de défendre une certaine idée des arts décoratifs à la fois français et ouverts sur toutes les cultures artistiques, c’est-à-dire de l’art de vivre, de la créativité dans le domaine de l’objet, objet d’art ou objet de mode. En plus de 150 ans, il a su tisser des liens étroits avec les manufactures du XIXe siècle, comme avec ce qui en transmet l’héritage contemporain, les maisons du luxe français. Très tôt en ses rangs, des personnalités aussi remarquables que Charles Christofle ou Louis Cartier ont contribué à faire du musée, dans ses expositions comme dans ses collections, ce qu’il est aujourd’hui.

Sans se limiter à l’idée d’un luxe à la française, l’exposition Luxes s’emploie à donner à ce sujet si vaste, d’un point de vue anthropologique et culturel, toute son ampleur universelle, portée par un choix très serré d’oeuvres ou d’ensembles d’oeuvres, qui sont autant de moments cruciaux, témoins d’une évolution de la notion de luxe, de son emploi dans une civilisation donnée. Elle souligne des points moins connus du grand public pour lequel la notion de luxe est de nos jours très profondément définie par la présence massive des marques dans notre quotidien, mots-sésames du fantasme de la consommation, logos surreprésentés dans l’espace urbain, artères des métropoles ou aéroports d’un monde globalisé, en somme une nouvelle lingua franca à l’échelle de la planète. Si certaines maisons apparaissent dorénavant comme consubstantielles à l’idée même du luxe, l’idée force de l’exposition Luxes est de ne pas s’y réduire.

À travers siècles et civilisations, des objets insignes marquent une sorte de généalogie du luxe, commençant par le sablier de Marc Newson, objet suprême qui symbolise le luxe du temps, puis par les plus beaux exemples de l’Antiquité, cuiller à fard égyptienne ou pièces insignes du Trésor de Boscoreale. Faite de choix drastiques et de partis pris, l’exposition dessine une histoire du luxe qui pourrait être toute autre selon l’optique de commissaires différents.

Elle souligne l’aspect matériel et objectif de cette incarnation du luxe, cette patiente défense de savoir-faire transmis d’une génération à l’autre. Elle rappelle combien l’histoire de l’art en général, et l’histoire des arts décoratifs en particulier, est modelée par l’archéologie du luxe, les objets précieux conservés avec soin et transmis, qu’ils soient cachés dans la panique de l’éruption du Vésuve (Boscoreale) ou pieusement légués par les trésors princiers (coffret de Mangot). Notion mouvante et poreuse, le luxe s’incarne dans tant de réalités différentes, quelquefois façonnées de paradoxes radicaux.

Au XVIIIe siècle, l’effervescence décorative du luxe chinois offre un saisissant contraste au sentiment de l’épure si cher au luxe japonais, ces céramiques élémentaires, réparées avec délicatesse lorsqu’elles ont été brisées, à l’instar de la pratique du Kintsugi. Aux temps médiévaux, le luxe, ce sont les épices, le sel, les produits les plus répandus à notre époque.

À la Renaissance, une cuiller ouvragée épousant un coquillage de porcelaine est d’un luxe éblouissant et distinctif. Au XVIIe siècle l’Europe se ruine pour les tulipes…

Aux XVe et XVIe siècle, l’otium, le loisir des Romains, est une autre forme de luxe, quand le peuple lui n’a d’autre choix que de travailler : jeux de cartes d’un raffinement extrême, backgammon marqueté, mais aussi instruments scientifiques et manuscrits rares, tant le savoir est une forme de luxe en soi. C’est plus tardivement, au XVIIe siècle avec les manufactures royales assises sur le pouvoir et le rayonnement louisquatorziens, puis au XVIIIe siècle avec l’avènement des marchands-merciers, « marchands de tout, faiseurs de rien », habiles à créer des objets dont les clients raffolent même s’ils n’en ont guère besoin, que le luxe proche de son acception contemporaine s’épanouit, renforcé au XIXe siècle par les luttes artistiques qu’incarnent aussi les Expositions universelles où créativité et progrès technologique deviennent l’obsession des industries d’art en Europe, aux États-Unis mais aussi, déjà, en Asie. Au même moment, en révolutionnant l’idée de ce qu’est la mode, non plus une simple toquade de cliente, mais la signature, la griffe, qui impose un geste créateur en tant que tel, Charles Frederick Worth promeut la naissance de la haute couture.