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“L’Âge d’or de la peinture danoise” (1801-1864)

au Petit Palais, Paris

du 22 septembre 2020 au 3 janvier 2021

Petit Palais

PODCAST - Interview de Servane Dargnies de Vitry, conservatrice des peintures du XIXe siĂšcle au Petit Palais et co-commissaire de l’exposition, par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 21 septembre 2020, durĂ©e 18’39. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Servane Dargnies de Vitry, conservatrice des peintures du XIXe siĂšcle au Petit Palais et co-commissaire de l’exposition,

par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Paris, le 21 septembre 2020, durĂ©e 18’39, © FranceFineArt.


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© Anne-Frédérique Fer, présentation presse, le 21 septembre 2020.

Wilhelm Bendz, L’École de modĂšle vivant Ă  l’AcadĂ©mie des beauxarts de Copenhague, 1826. Huile sur toile, 57,7x82,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Wilhelm Bendz, L’École de modĂšle vivant Ă  l’AcadĂ©mie des beauxarts de Copenhague, 1826. Huile sur toile, 57,7×82,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Constantin Hansen, Signe et Henriette Hansen, soeurs de l’artiste, 1826. Huile sur toile, 65,5 x 56 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Constantin Hansen, Signe et Henriette Hansen, soeurs de l’artiste, 1826. Huile sur toile, 65,5 x 56 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Peter Christian Skovgaard, Champ d’avoine Ă  Vejby, 1843. Huile sur toile, 25,5 x 28,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Peter Christian Skovgaard, Champ d’avoine Ă  Vejby, 1843. Huile sur toile, 25,5 x 28,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Christen KÞbke (1810-1848), Vue de Dosseringen, 1838. Huile sur toile, 53 x 71,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Christen KÞbke (1810-1848), Vue de Dosseringen, 1838. Huile sur toile, 53 x 71,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Christen KĂžbke, Vue du haut d’un grenier Ă  blĂ© dans la citadelle de Copenhague, 1831. Huile sur toile, 39 x 30,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Christen KĂžbke, Vue du haut d’un grenier Ă  blĂ© dans la citadelle de Copenhague, 1831. Huile sur toile, 39 x 30,5 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Martinus RĂžrbye, Vue depuis la fenĂȘtre du peintre, 1825. Huile sur toile, 38 x 29,8 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.
Martinus RĂžrbye, Vue depuis la fenĂȘtre du peintre, 1825. Huile sur toile, 38 x 29,8 cm, Copenhague, Statens Museum for Kunst. © SMK Photo/Jakob Skou-Hansen.

Extrait du communiquĂ© de presse :


Commissariat pour le Petit Palais :
Servane Dargnies-de Vitry, conservatrice des peintures du XIXe siĂšcle au Petit Palais
Christophe Leribault, directeur du Petit Palais

Commissariat scientifique :
Peter NĂžrgaard Larsen et Annette Rosenvold Hvidt (Statens Museum for Kunst de Copenhague)
Magnus Olausson et Carl-Johan Olsson (Nationalmuseum de Stockholm)



Le Petit Palais prĂ©sente pour la premiĂšre fois en France depuis prĂšs de trente-cinq ans, une exposition dĂ©diĂ©e aux plus belles heures de la peinture danoise, de 1801 Ă  1864. Peintures prĂ©cises et dĂ©licates, plus de 200 oeuvres d’artistes phares de cette pĂ©riode comme Christoffer Eckersberg, Christen KĂžbke, Martinus RĂžrbye ou encore Constantin Hansen offrent une plongĂ©e dans le Danemark du XIXe siĂšcle. Fruit des recherches rĂ©centes d’une Ă©quipe internationale, l’exposition entend porter un nouveau regard sur cette pĂ©riode, particuliĂšrement remarquable en matiĂšre artistique.




Une nouvelle approche de l’Âge d’or danois


Traditionnellement, l’Âge d’or danois correspond Ă  une pĂ©riode d’épanouissement sans prĂ©cĂ©dent de la vie artistique et culturelle au Danemark de 1801 Ă  1848. Les artistes ont cherchĂ© Ă  forger l’image d’une nation puissante et unie, en mettant l’accent sur la bourgeoisie de Copenhague et les paysages bucoliques de leur pays. L’exposition propose une approche plus vaste et originale, prolongeant l’Âge d’or jusqu’en 1864, date de la dĂ©faite du Danemark contre la Prusse dans la Seconde Guerre du Schleswig. Cet Ă©vĂ©nement marque une rupture, tant du point de vue de l’histoire de l’art que de celui de l’histoire des mentalitĂ©s. L’exposition prĂ©sente donc, outre Eckersberg et ses Ă©lĂšves, une plus grande diversitĂ© d’artistes et inclut de nombreux peintres dits « cosmopolites » qui retrouvent leur place au sein de l’Âge d’or danois.




Une plongée dans le Danemark du XIXe siÚcle


L’exposition propose une approche thĂ©matique abordant la vie Ă  Copenhague, l’artiste au travail, le voyage, les paysages, la peinture de plein air, ou encore les portraits de famille. Le parcours s’ouvre sur la grande figure de l’Âge d’or danois, Christoffer Eckersberg qui est Ă  l’origine du remarquable renouveau artistique du Danemark. Professeur Ă  l’AcadĂ©mie royale, il a formĂ© toute une nouvelle gĂ©nĂ©ration de peintres. Le rĂŽle central d’Eckersberg rappelle la place grandissante des artistes dans la sociĂ©tĂ© danoise en ce dĂ©but du XIXe siĂšcle. La vie culturelle est en plein essor, les lieux d’exposition se multiplient et l’émergence d’une bourgeoisie aisĂ©e permet aux artistes de pouvoir compter sur des acheteurs rĂ©guliers qui deviennent peu Ă  peu collectionneurs. Les artistes « se professionnalisent » grĂące Ă  l’AcadĂ©mie royale, et aiment se portraiturer parfois en utilisant de grands formats tĂ©moignant de leur nouveau statut social. La vogue du portrait se dĂ©veloppe Ă©galement grĂące aux commandes Ă©manant de cette nouvelle bourgeoisie mais aussi par goĂ»t pour la reprĂ©sentation du cercle familial intime. Les enfants sont souvent des modĂšles privilĂ©giĂ©s des artistes, reflĂ©tant la bonne Ă©ducation reçue de leurs parents, valeur essentielle dans la culture danoise. Les peintres aiment voyager pour parfaire leur technique mais aussi pour dĂ©velopper leur carriĂšre internationale. Ils ramĂšnent d’Italie, des rives de la MĂ©diterranĂ©e mais aussi de France ou encore des pays scandinaves de trĂšs beaux paysages et scĂšnes de la vie quotidienne.



L’exposition Ă©voque Ă©galement la fascination des artistes pour l’immensitĂ© du monde comme pour ses dĂ©tails. Ils dĂ©veloppent ainsi une nouvelle vision de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, comme en tĂ©moignent ces Ă©tudes de ciel ou de botanique d’une grande prĂ©cision. Par ailleurs, le dĂ©veloppement de la peinture en plein air leur permet de rĂ©aliser des paysages aux cadrages inĂ©dits telle cette peinture de Christen KĂžbke reprĂ©sentant une vue agreste saisie depuis la porte d’un grenier en bois. La ville leur offre aussi de nouveaux sujets. Attentifs aux moindres dĂ©tails, ils saisissent des scĂšnes de la vie quotidienne humoristiques ou intimes. Les artistes de l’Âge d’or danois ont ouvert des perspectives inĂ©dites dont le charme opĂšre toujours deux siĂšcles plus tard.


Parcours de l’exposition


L’Âge d’or de la peinture danoise (1801-1864)
Le XIXe siĂšcle commençait mal pour le Danemark. AprĂšs la destruction de sa flotte par les Anglais en 1801, leur bombardement de Copenhague en 1807, la faillite de l’État en 1813 et la cession de la NorvĂšge Ă  la SuĂšde en 1814, le pays Ă©tait trĂšs affaibli sur le plan politique, territorial et Ă©conomique. Pourtant, en dĂ©pit de ces catastrophes, le Danemark connut de 1801 Ă  1864 un Ă©panouissement artistique et culturel sans prĂ©cĂ©dent. L’expression « Âge d’or danois », forgĂ©e autour de 1900, dĂ©signe cette pĂ©riode d’harmonie exceptionnelle entre artistes, Ă©crivains et scientifiques, parmi lesquels on compte le sculpteur Bertel Thorvaldsen, l’écrivain Hans Christian Andersen et le philosophe SĂžren Kierkegaard. L’essor de la bourgeoisie danoise favorisa en particulier les peintres, de Christoffer Eckersberg Ă  JĂžrgen Sonne, qui bĂ©nĂ©ficiĂšrent de nouveaux mĂ©cĂšnes et d’une plus grande libertĂ©. Chacun Ă  leur maniĂšre, ils ont livrĂ© une image du Danemark et de la sociĂ©tĂ© de l’époque. En 1864, l’Âge d’or s’acheva, comme il avait commencĂ©, par un dĂ©sastre. La seconde guerre de Schleswig, avec la perte des duchĂ©s du Sud au profit de la Prusse, provoqua une rupture dĂ©cisive dans les mentalitĂ©s. GrĂące Ă  la participation exceptionnelle du Statens Museum for Kunst, Ă  Copenhague, et du Nationalmuseum, Ă  Stockholm, l’exposition prĂ©sente une vision Ă©largie de l’Âge d’or danois, au-delĂ  des artistes les plus cĂ©lĂšbres, en incluant les Ă©lĂšves d’Eckersberg aprĂšs 1850. Le parcours met l’accent sur le contexte politique et social, Ă©voquant la vie artistique Ă  travers plusieurs thĂšmes : le voyage en Italie, l’AcadĂ©mie royale des beaux-arts du Danemark, les portraits officiels et intimes, les nouveaux rapports entre art et sciences, les paysages et la peinture de plein air et, enfin, l’image du pays transmise par les artistes. Mais, au-delĂ  de ces contingences historiques, l’exposition est aussi une invitation Ă  dĂ©couvrir un style pictural singulier et attachant, sans Ă©quivalent alors en Europe.

Le maĂźtre de la peinture danoise : Eckersberg
Chef de file de l’école de Copenhague, Christoffer Wilhelm Eckersberg entra Ă  l’AcadĂ©mie royale des beaux-arts du Danemark en 1803. Il obtint la grande mĂ©daille d’or en 1809, ce qui lui permit de partir Ă©tudier en France entre 1810 et 1813. L’annĂ©e qu’il passa dans l’atelier de Jacques-Louis David bouleversa sa mĂ©thode de travail par l’étude du modĂšle vivant. En juin 1813, Eckersberg s’installa Ă  Rome, dans la mĂȘme maison que le sculpteur Bertel Thorvaldsen. Dans ce milieu artistique international, Eckersberg se concentra sur la peinture de plein air, qui lui permettait de saisir l’instantanĂ©itĂ© de son sujet, avec ses contrastes d’ombre et de lumiĂšre. Les quelque trente Ă©tudes peintes qu’il rapporta de Rome eurent un rĂŽle dĂ©cisif : par leur naturalisme franc et leur traitement de la lumiĂšre, de la nature et de l’architecture, elles firent l’effet d’un coup de tonnerre sur la scĂšne artistique de Copenhague. Eckersberg occupa Ă  l’AcadĂ©mie des beaux-arts les fonctions de professeur, de 1818 jusqu’à sa mort en 1853, et de directeur, de 1827 Ă  1829. Avec l’aide de son collĂšgue Johan Ludvig Lund, il rĂ©forma l’enseignement acadĂ©mique en y intĂ©grant des cours de peinture et en autorisant l’étude des nus fĂ©minins. Il encourageait ses Ă©lĂšves Ă  peindre d’aprĂšs nature et les emmenait rĂ©guliĂšrement travailler dans les environs de la capitale. Par ailleurs, il dĂ©veloppa Ă  l’AcadĂ©mie sa propre thĂ©orie de la perspective et publia deux traitĂ©s sur le sujet, en 1833 et 1841. Avec sa formation nĂ©oclassique et son approche naturaliste, il eut une influence dĂ©cisive sur toute une gĂ©nĂ©ration d’artistes danois

L’artiste au travail, de l’AcadĂ©mie Ă  l’atelier
FondĂ©e en 1754, l’AcadĂ©mie royale des beaux-arts du Danemark Ă©tait encore, au dĂ©but du XIXe siĂšcle, le centre exclusif de la crĂ©ation artistique. Faute de concurrence, elle exerçait un monopole sur les arts et elle seule permettait aux artistes de faire carriĂšre et de se faire connaĂźtre des amateurs et des collectionneurs. Venus de tout le Danemark, les Ă©lĂšves – uniquement des garçons jusqu’en 1888 – y entraient vers l’ñge de douze ans. En 1814, ils recevaient la mĂȘme formation qu’au siĂšcle prĂ©cĂ©dent : les jeunes artistes passaient les premiĂšres annĂ©es Ă  dessiner d’aprĂšs des tableaux reproduits par l’estampe, puis d’aprĂšs des sculptures en plĂątre. Ils Ă©voluaient ensuite vers le dessin d’aprĂšs modĂšle vivant. Les cours de peinture proprement dits avaient lieu dans l’atelier des professeurs, lors de sĂ©ances privĂ©es et payantes, avant qu’Eckersberg et Lund proposent une rĂ©forme de l’AcadĂ©mie dans les annĂ©es 1820. L’objectif de tout jeune peintre Ă©tait d’obtenir la mĂ©daille d’or, qui ouvrait les portes du Grand Tour et de l’Italie. Au cours du XIXe siĂšcle, le statut de l’artiste Ă©volua considĂ©rablement. Le culte du gĂ©nie individuel donna Ă  l’artiste un sentiment de libertĂ©, qui l’émancipa de ses anciens commanditaires. L’atelier supplanta peu Ă  peu l’AcadĂ©mie comme espace privilĂ©giĂ© de rĂ©flexion et de rencontre. Les peintres danois reprĂ©sentĂšrent souvent l’artiste au travail dans ce lieu symbolique de sa libertĂ© et de la crĂ©ation.

Portraits officiels et intimes
Au dĂ©but de l’Âge d’or danois, la maison du roi Ă©tait encore la plus influente dans le domaine artistique et elle achetait un grand nombre d’oeuvres pour la collection royale de peintures. Mais, aprĂšs la faillite de l’État en 1813, c’est grĂące Ă  l’essor d’une bourgeoisie aisĂ©e que l’économie se redressa. La bourgeoisie, composĂ©e de savants, de hauts fonctionnaires et de commerçants, joua un rĂŽle considĂ©rable dans l’épanouissement artistique du Danemark. Ces riches collectionneurs prĂ©fĂ©raient les oeuvres de plus petites dimensions, qu’ils accrochaient dans leurs logements peu meublĂ©s et lumineux. Cela explique le format modeste des productions de la pĂ©riode. Les sujets qu’ils apprĂ©ciaient particuliĂšrement Ă©taient les intĂ©rieurs de maison, les portraits individuels et les portraits de famille. En 1849, le droit Ă  la vie privĂ©e fut inscrit dans la Constitution danoise, ce qui reflĂ©tait l’importance grandissante du foyer en tant que pierre angulaire de la sociĂ©tĂ© danoise. À la suite des idĂ©es de Jean-Jacques Rousseau, l’innocence des enfants Ă©tait valorisĂ©e et considĂ©rĂ©e comme un atout. En parallĂšle, les adultes avaient le devoir de les Ă©lever en citoyens responsables.

Les artistes voyageurs
Les artistes qui obtenaient la mĂ©daille d’or de l’AcadĂ©mie bĂ©nĂ©ficiaient d’une bourse de voyage pour partir Ă©tudier Ă  l’étranger, le plus souvent en Italie. À Rome, ils se formaient au contact des vestiges antiques et de l’art de la Renaissance. Ils peignaient Ă©galement des scĂšnes pittoresques attendues, voire stĂ©rĂ©otypĂ©es, qui plaisaient aux collectionneurs danois. Jeunes gens dansant le saltarello, tavernes en plein air, brigands, musiciens ambulants : « le peuple romain » Ă©tait un genre Ă  part entiĂšre en Europe, y compris en littĂ©rature. Être Ă©loignĂ© de l’AcadĂ©mie de Copenhague donnait aussi aux artistes une libertĂ© nouvelle. Les Ă©tudes peintes en plein air leur permettaient de traduire en quelques coups de pinceau leurs impressions de la ville et de la campagne alentour. La guerre d’indĂ©pendance grecque (1821-1830) suscita en outre l’intĂ©rĂȘt des artistes pour la GrĂšce et l’Orient. Dans les annĂ©es 1830, Martinus RĂžrbye se rendit en GrĂšce et en Turquie, Niels Simonsen en AlgĂ©rie, et, plus tard, Elisabeth Jerichau-Baumann en Égypte et en Turquie. Dans les annĂ©es 1840, la dĂ©fiance politique Ă  l’égard de l’Allemagne, et les thĂ©ories du philosophe allemand Johann Gottfried Herder sur les caractĂšres nationaux favorisĂšrent l’essor du scandinavisme. En rĂ©action au culte pour l’Italie, l’historien de l’art danois Niels Laurits HĂžyen exhorta les artistes Ă  peindre des sujets scandinaves et Ă  tourner leurs regards vers les montagnes norvĂ©giennes et le peuple suĂ©dois.

L’observation de la nature : arts et sciences
Pour les scientifiques comme pour les artistes, le XIXe siĂšcle fut une Ă©poque durant laquelle l’essor des sciences de la nature favorisa une nouvelle conception du monde. Celui-ci devenait plus vaste, tant sur le plan gĂ©ographique que temporel, grĂące aux expĂ©ditions scientifiques et Ă  l’étude de la Terre, qui permettait de mieux connaĂźtre son histoire. L’étude des phĂ©nomĂšnes physiques Ă©tait Ă  la mode chez les peintres. Eckersberg enregistrait quotidiennement la mĂ©tĂ©orologie et invitait ses Ă©lĂšves Ă  observer prĂ©cisĂ©ment les formations nuageuses. Les paysages portent des traces de la gĂ©ologie ou de la botanique, en particulier dans l’attention accordĂ©e par les peintres Ă  la variĂ©tĂ© de la vĂ©gĂ©tation. En plus de leurs propres observations lors d’excursions en pleine nature, ils s’inspiraient des traitĂ©s de botanique, comme le cĂ©lĂšbre Flora Danica, avec ses nombreux volumes illustrĂ©s. La scĂšne culturelle de Copenhague Ă©tant relativement Ă©troite, les artistes et les scientifiques se frĂ©quentaient rĂ©guliĂšrement. De nombreux peintres se rendaient chez le botaniste Joakim Frederik Schouw, ou suivaient les confĂ©rences du physicien et chimiste Hans Christian Ørsted, qui Ă©tablit une relation Ă©troite entre la topographie gĂ©ologique d’une nation et les caractĂ©ristiques de sa population.

Un nouveau regard sur la nature
Jusque dans les annĂ©es 1820, les artistes peignaient essentiellement en atelier, mais, inspirĂ©s par leurs homologues d’autres pays et encouragĂ©s par Eckersberg, ils expĂ©rimentĂšrent la peinture en plein air. La rapiditĂ© d’exĂ©cution sur le motif et l’attention portĂ©e au traitement de la lumiĂšre apportaient un sentiment d’instantanĂ©itĂ© dans leurs oeuvres. La peinture de paysage fut Ă©galement bouleversĂ©e par le choix des sujets. Eckersberg prĂ©conisait que l’artiste soit libre de retenir n’importe quel motif pour ses Ă©tudes, mĂȘme le plus insignifiant. Les peintres adoptĂšrent aussi une perspective ou des cadrages novateurs, comme les vues surplombantes ou les panoramas observĂ©s Ă  travers une porte ou une fenĂȘtre. Les paysages de l’Âge d’or danois ont contribuĂ© Ă  forger l’image du Danemark, avec ses forĂȘts de hĂȘtres verts, les cĂŽtes de l’Øresund et ses champs de blĂ© ondoyants. Mais lors des expositions annuelles organisĂ©es par l’AcadĂ©mie Ă  Charlottenborg, les visiteurs pouvaient surtout admirer la campagne du SjĂŠlland, la rĂ©gion autour de Copenhague. Ce n’est qu’à partir des annĂ©es 1830 que l’image du Danemark commença Ă  s’élargir. Des artistes comme Dankvart Dreyer, Georg Emil Libert et Martinus RĂžrbye s’aventurĂšrent vers l’ouest, sur l’üle de Fionie et dans la pĂ©ninsule du Jutland, pour peindre les magnifiques fjords, les dolmens et la lande sauvage et aride. Au cours des annĂ©es 1850, les peintres exprimĂšrent de plus en plus la nostalgie du passĂ© et le dĂ©sir d’une vie simple et agricole, qu’ils opposaient Ă  l’industrialisation croissante du pays. Certains paysages prĂ©sentent ainsi la vision idĂ©ale d’une nature prĂ©servĂ©e de toute intervention humaine.

Vie quotidienne et vues urbaines
AprĂšs le bombardement britannique en 1807 et la faillite de l’État en 1813, la bourgeoisie marchande en plein essor s’attela Ă  la reconstruction de la flotte danoise et de Copenhague, et relança l’économie. Les artistes contribuĂšrent Ă  donner une image positive de la capitale, qu’ils aimaient arpenter. De nombreuses oeuvres ont pour sujet le port foisonnant d’activitĂ©, les remparts de la citadelle, les rues ou les places de marchĂ© peuplĂ©es de citadins Ă  leur affaire, dans une sociĂ©tĂ© harmonieuse. Les scĂšnes populaires, qui s’inspiraient des vaudevilles en vogue de Johan Ludvig Heiberg ou Henrik Hertz, avaient de plus en plus de succĂšs. Ayant pour toile de fond les quartiers de la capitale, elles mettaient en scĂšne des personnages caricaturaux tout Ă  leurs prĂ©occupations quotidiennes : dĂ©mĂ©nagement, vente publique, fĂȘte populaire, dĂ©filĂ© de la garde citoyenne, etc. Wilhelm Marstrand et Albert KĂŒchler excellĂšrent particuliĂšrement dans ce type de tableaux. Il est fascinant d’observer ce que les peintres de l’Âge d’or danois Ă©taient capables de faire Ă  partir de sujets parfois trĂšs limitĂ©s, en particulier Christen KĂžbke. L’environnement ordinaire des peintres – leur maison, un pont, une remise, un coin de chantier naval – est transformĂ© en oeuvre d’art. Le prĂ©cepte romantique consistant Ă  chercher l’infini dans les choses familiĂšres et banales Ă©tait particuliĂšrement appliquĂ© par les artistes danois. Aussi, leurs tableaux manifestaient une grande modernitĂ©, qui inspira, Ă  la fin du siĂšcle, un artiste comme Vilhelm HammershĂži, pour ses peintures d’intĂ©rieurs.

Épilogue : la nostalgie de l’Âge d’or
La culture cohĂ©rente et homogĂšne qui avait caractĂ©risĂ© l’Âge d’or danois allait ĂȘtre remise en cause Ă  partir du milieu du XIXe siĂšcle, Ă  mesure que de nouveaux moyens de transport et de communication, comme le chemin de fer et la presse illustrĂ©e, ouvraient le Danemark sur le monde. Certains artistes, attachĂ©s Ă  une vision nationale, rĂ©agirent Ă  ces bouleversements en prĂŽnant une vie simple, communautaire et fondĂ©e sur les ressources proprement danoises, comme l’agriculture et la pĂȘche. Les oeuvres de JĂžrgen Sonne, Otto Bache et Constantin Hansen Ă©taient souvent empreintes de nostalgie, comme s’ils cherchaient Ă  retenir un monde en train de disparaĂźtre. Mais cette vision idĂ©ale du Danemark ne doit pas cacher les tensions qui traversĂšrent aussi la pĂ©riode, surtout Ă  partir de 1848. Avec la montĂ©e du nationalisme et du libĂ©ralisme en Europe, les duchĂ©s de Holstein et de Schleswig, au sud du royaume, Ă©taient l’objet de crispations entre nationalistes danois et sĂ©paratistes. De 1848 Ă  1850, la premiĂšre guerre de Schleswig opposa l’armĂ©e danoise et les forces des sĂ©paratistes, soutenues par la confĂ©dĂ©ration germanique. Le conflit ne fut pas rĂ©solu, ce qui conduisit Ă  la seconde guerre de Schleswig en 1864, laquelle entraĂźna la perte des duchĂ©s pour le Danemark. Ceux de Schleswig et de Saxe-Lauenbourg furent administrĂ©s par la Prusse, et celui de Holstein par l’Autriche. AprĂšs 1864, la peinture d’histoire fut remise au goĂ»t du jour pour ses vertus patriotiques, jusqu’à ce que la rupture de la peinture moderne des annĂ©es 1870 emporte les derniers vestiges de l’Âge d’or danois, nous laissant Ă  jamais cette image sereine d’un temps rĂ©volu.