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“Flux” une société en mouvement

au CRP/, Centre régional de la photographie Hauts-de-France, Douchy-les-Mines

du 19 septembre au 22 novembre 2020

CRP/

PODCAST - Interview de Muriel Enjalran, commissaire de l'exposition et directrice du CRP - Centre régional de la photographie Hauts-de-France, par Anne-Frédérique Fer, à Douchy-les-Mines, le 19 septembre 2020, durée 10'23. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Muriel Enjalran, commissaire de l’exposition et directrice du CRP – Centre rĂ©gional de la photographie Hauts-de-France,

par Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, Ă  Douchy-les-Mines, le 19 septembre 2020, durĂ©e 10’23, © FranceFineArt.


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© Anne-Frédérique Fer, présentation presse, le 18 septembre 2020.

Éric Guglielmi,Cameroun, Lomié, 2018. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre national des arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France.
Éric Guglielmi, Cameroun, Lomié, 2018. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre national des arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France.
Florence Paradeis,Fer à perroquet, de la série Des Jours et des nuits, 2019. Tirage numérique. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre nationaldes arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de- France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France. Courtesy de la galerie In Situ-Fabienne Leclerc. © Florence Paradeis.
Florence Paradeis, Fer à perroquet, de la série Des Jours et des nuits, 2019. Tirage numérique. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre nationaldes arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de- France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France. Courtesy de la galerie In Situ-Fabienne Leclerc. © Florence Paradeis.
Ilanit Illouz, Petra, nephéline, clavier, 2020. Héliogravure Atelier Hélio’g. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre national des arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France.
Ilanit Illouz, Petra, nephéline, clavier, 2020. Héliogravure Atelier Hélio’g. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre national des arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France.
Perrine Le Querrec & Mathieu Farcy, Sans titre, série L’Augure. © PLY, Perrine Le Querrec & Mathieu Farcy. © Pièce sonore : Andreas Bick, 2019. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre national des arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France.
Perrine Le Querrec & Mathieu Farcy, Sans titre, série L’Augure. © PLY, Perrine Le Querrec & Mathieu Farcy. © Pièce sonore : Andreas Bick, 2019. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre national des arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France.
Nicolas Floc’h, Paysages productifs, Bulles, pH 6.0, - 6m, zone acide, Vulcano, Sicile, 2019. Tirage Carbone 79,5 x 110 cm. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre nationaldes arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane Pôle photographique en Hauts-de-France.
Nicolas Floc’h, Paysages productifs, Bulles, pH 6.0, – 6m, zone acide, Vulcano, Sicile, 2019. Tirage Carbone 79,5 x 110 cm. OEuvre produite dans le cadre de FLUX, commande photographique du Centre nationaldes arts plastiques (Cnap) en partenariat avec le CRP/ Centre rĂ©gional de la photographie Hauts-de-France et Diaphane PĂ´le photographique en Hauts-de-France.

Extrait du communiquĂ© de presse :

commissariat : Muriel Enjalran, directrice du CRP/




Panta Rhei (Toutes les choses coulent) – HĂ©raclite d’Ephèse


Le CRP/ présente en avant-première les productions de cinq des quinze lauréats de la commande photographique nationale « Flux, une société en mouvement » lancée en 2018 par le Centre national des arts plastiques (Cnap), en partenariat avec le ministère de la Culture. Aux côtés de Diaphane, pôle photographique en Hauts-de-France, le CRP/ a accompagné ce projet de commande nationale qui sera présenté dans son ensemble aux Photaumnales à l’automne 2020 [du 19 septembre 2020 au 3 janvier 2021] au Quadrilatère à Beauvais.


En écho aux différentes occurrences du mot « flux » entre écoulement, fusion, flot, transmission d’informations, mouvement d’ensemble ou fluctuations, les artistes lauréats se sont saisis de cette commande pour développer une recherche artistique singulière autour de la matérialité de l’image, réinvestiguant pour certains, des techniques photographiques anté-numériques, ici entre prise de vue à la chambre et tirage platine et carbone, ou encore héliogravure traduisant concrètement le sujet des flux qui traversent les paysages.


Au CRP/, les oeuvres des cinq artistes et duo d’artistes présentés – Nicolas Floc’h, Éric Guglielmi, Ilanit Illouz, Florence Paradeis et Mathieu Farcy & Perrine Le Querrec – témoignent des préoccupations environnementales et sociétales que les flux économiques ont durablement bouleversées à l’échelle mondiale.


Leurs productions proposant différentes approches autour de l’image, invitent les visiteurs à circuler dans des paysages forestiers, souterrains, sous-marins et mentaux, et à prendre conscience de l’influence des flux dans nos vies quotidiennes.


Les environnements naturels sont le rĂ©sultat de multiples processus Ă©cologiques et socio-Ă©conomiques. L’érosion, les politiques d’appropriation et d’utilisation des sols, les systèmes de production et d’échanges les façonnent en profondeur. L’homme ne craint plus les forces de la Nature mais les effets de sa propre action. Le rĂ´le des scientifiques est d’analyser ces processus pour les comprendre et alerter les consciences, mais il faut souvent des mĂ©diations pour que nous saisissions rĂ©ellement la portĂ©e de leur message. Les artistes ont jouĂ© et continuent de jouer aujourd’hui ce rĂ´le de mĂ©diateur des phĂ©nomènes sociaux qui agitent nos sociĂ©tĂ©s au travers de leurs oeuvres et de leurs recherches formelles. Notre perception et notre vision des paysages naturels ont ainsi Ă©tĂ© influencĂ©es de tout temps par les reprĂ©sentations artistiques contribuant Ă  former « une anthropologie de la nature Â». Le photographe participe aussi Ă  une Ă©cologie du paysage en montrant des paysages transformĂ©s et en adaptant de manière originale ses techniques Ă  l’objet de sa quĂŞte.


Surgissant frontalement, d’énormes troncs jonchent le sol luxuriant de la forĂŞt tropicale du bassin du Congo et dressent leurs racines vers les frondaisons proches. Éric Guglielmi dans sa sĂ©rie Paradis perdu enregistre les dĂ©règlements qui mettent en pĂ©ril l’équilibre de la deuxième plus vaste forĂŞt tropicale de la planète. Cette masse verdoyante de fougères, de lianes et d’arbres gĂ©ants est gravement menacĂ©e par une industrie du bois incontrĂ´lĂ©e, notamment la surexploitation des essences prĂ©cieuses et par des grands projets agro-industriels dĂ©vastateurs comme les plantations massives de palmiers Ă  huile Ă  quoi s’ajoute pĂ©riodiquement le flĂ©au des incendies. Eric Guglielmi saisit les entailles qui ravagent la forĂŞt : arbres tronçonnĂ©s, trouĂ©es des pistes. Les consĂ©quences environnementales et sociĂ©tales sont dramatiques : forĂŞts pillĂ©es, faune dĂ©cimĂ©e, populations locales exposĂ©es Ă  la disparition d’un mode de vie et d’une culture fondĂ©e sur l’adaptation ancestrale aux subtilitĂ©s d’un biotope complexe. La surface sensible de la plaque fixe les mutations des paysages photographiĂ©s Ă  la chambre. Les tirages au platine palladium restituent l’identitĂ© profonde de paradis vĂ©gĂ©taux en sursis. Les noirs mats et denses, les dĂ©gradĂ©s de gris soulignent la beautĂ© mystĂ©rieuse d’un environnement mis en pĂ©ril par une logique Ă©conomique brutale.


Les sĂ©ries de Nicolas Floc’h Structures productives, la Couleur de l’eau, et Paysages productifs – bulles, produites dans le cadre de la commande « Flux Â», relient la photographie Ă  l’histoire de l’art et des formes. Son travail gĂ©nĂ©ral s’inscrit dans une dĂ©marche plastique associant diffĂ©rents mediums artistiques (installations, films, sculptures). A travers ces trois sĂ©ries engagĂ©es pour certaines depuis plus de dix ans, l’artiste rĂ©invente le genre trop souvent stĂ©rĂ©otypĂ© de la photographie sous-marine et contribue Ă  l’histoire des territoires en documentant diffĂ©rentes façades maritimes Ă  l’instar des photographes engagĂ©s dans les missions photographiques cĂ©lèbres de l’histoire de la photographie. Dans la continuitĂ© de ses recherches menĂ©es avec des scientifiques sur l’acidification des mers et la rĂ©duction de leur biodiversitĂ©, Nicolas Floc’h visualise pour la sĂ©rie des Paysages productifs – bulles ces processus en photographiant en lumière naturelle des sites sous-marins acides en mĂ©diterranĂ©e, ici Vulcano en Sicile. Ces zones très impactĂ©es par la prĂ©sence de CO2 prĂ©figurent l’état futur des ocĂ©ans marquĂ© par la disparition progressive des algues et des coraux. Son projet photographique Bulles alerte sur la fragilitĂ© de cet Ă©cosystème et renouvelle par ce sujet inĂ©dit, l’approche du paysage dans la photographie contemporaine montrant malgrĂ© tout la beautĂ© plastique des flux d’énergie tourbillonnant dans les colonnes d’eau qui s’élèvent des fonds sous-marins.


L’approche gĂ©ologique et paysagère des sols, les consĂ©quences sociales et gĂ©opolitiques de leur exploitation, traduisent l’axe de recherche privilĂ©giĂ© d’Ilanit Illouz. Elle arpente les territoires en quĂŞte d’indices des flux migratoires et Ă©conomiques qui les ont marquĂ©s. Les dĂ©bris organiques et minĂ©raux collectĂ©s lors de marches – photographiĂ©s et mis en rĂ©cits – dĂ©cryptent l’histoire de ces paysages palimpsestes. Pour « Flux » et la sĂ©rie Petra, elle a rĂ©uni un corpus d’images de minerais photographiĂ©s au MusĂ©e de MinĂ©ralogie de l’école des Mines Ă  Paris. L’exploitation des ressources naturelles est une source d’instabilitĂ© et de conflits. Certains minerais (germanium, titane, graphite, coltan, …) ont une importance stratĂ©gique du fait de leurs utilisations dans la haute technologie. Les diptyques produits en hĂ©liogravure mettent en relation ces mĂ©taux prĂ©cieux avec les gestes pratiquĂ©s pour leur maniement dans des applications industrielles civiles (smartphones, GPS) et militaires (grenades, missiles, boussole). Ainsi se trouve soulignĂ© le lien entre nos comportements de consommateurs et l’épuisement prĂ©visible des richesses des sous-sols.


Le flux massif des images qui traversent nos existences constitue le rĂ©pertoire dans lequel puise Florence Paradeis pour construire ses images dĂ©calĂ©es, Ă  distance d’un rĂ©el dĂ©placĂ©, « rĂ©injectĂ© Â», protĂ©iforme dont elle restitue la vibration, les tensions et les contradictions. Dans la sĂ©rie Des jours et des nuits, elle questionne le mouvement dans une composition en sĂ©quence alternant natures mortes en studio, mises en scène en intĂ©rieur et extĂ©rieur, invitant le regardeur Ă  suivre de façon instinctive son « flow Â» mental pour lire et relier les images entre elles. Elle dĂ©roule ainsi un petit théâtre d’images symbolisant comme des « vanitĂ©s Â» pour certaines, l’écoulement du temps et mettant en scène pour d’autres les interrogations, les rĂ©sistances ou non de personnages de la vie courante face au flux gĂ©nĂ©ral des Ă©changes et des circulations auquel ils sont soumis en permanence.


Comment l’artiste peut-il se situer par rapport au flot d’images et d’informations qui se succèdent à une cadence accélérée ? Mathieu Farcy photographe et Perrine Le Querrec écrivaine proposent ensemble un temps d’arrêt et de réflexion à travers une création à quatre mains de triptyques, prolongeant ainsi leurs travaux documentaires respectifs. L’Augure par référence à l’art du devin dans la Rome antique, est une chronique poético-documentaire associant photographie, archive sonore ou visuelle, texte littéraire selon trois temps distincts : une origine, un trajet, une destination. Leurs triptyques sont les miroirs de la multiplicité et de l’interpénétration des flux et mutations (climatiques, démographiques) qui marquent notre contemporanéité. Au CRP/, ils présentent un triptyque sur le thème du climat mettant en exergue l’interdépendance de toute forme de vie sur terre et leur devenir commun, nous exhortant à ne plus nous contenter d’assister impuissants au spectacle du recul et de la disparition.


« Ce qu’il reste une fois les dates passĂ©es le prĂ©sent couvert de mousse feuillage lichens chloridĂ©es les journaux froissĂ©s roulĂ©s en boule brĂ»lĂ©s dans les dĂ©charges leurs fumĂ©es empoisonnent elles aussi les poissons le corail les ocĂ©ans.1 Â»



Muriel Enjalran, commissaire de l’exposition et directrice du CRP/


1. Extrait de Marine Skalova, Exploration du flux, p.64, Fiction et Cie Seuil, 2018


“Les Photaumnales” 17ème édition, FLUX
Ă  Beauvais, Hauts-de-France
du 19 septembre 2020 au 3 janvier 2021

https://francefineart.com/2964-photaumnales/