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“L’Atelier de la nature, 1860-1910” Invitation à la Collection Terra

au musée des impressionnismes, Giverny

du 12 septembre 2020 au 3 janvier 2021

Musée des Impressionnismes

PODCAST - Interview de Katherine Bourguignon, conservateur à la Terra Foundation for American Art et commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, au Kremlin-Bicêtre, le 11 septembre 2020, durée 10’14. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Katherine Bourguignon, conservateur Ă  la Terra Foundation for American Art et commissaire de l’exposition,

par Anne-Frédérique Fer, au Kremlin-Bicêtre, le 11 septembre 2020, durée 10’14, © FranceFineArt.


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© Anne-Frédérique Fer, voyage et présentation presse, le 11 septembre 2020.

John Leslie Breck (1859-1899), Études d’un jour d’automne, nº 2, 1891. Huile sur toile, 32,7 x 41,1 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1989.4.2. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
John Leslie Breck (1859-1899), Études d’un jour d’automne, nº 2, 1891. Huile sur toile, 32,7 x 41,1 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1989.4.2. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
Dennis Miller Bunker (1861-1890), Matin dans un village Breton, Larmor, 1884. Huile sur toile, 35,6 x 55,9 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra , 1991.1. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
Dennis Miller Bunker (1861-1890), Matin dans un village Breton, Larmor, 1884. Huile sur toile, 35,6 x 55,9 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra , 1991.1. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
William Merritt Chase (1849-1916), Matin sur la digue, Shinnecock, vers 1897. Huile sur toile, 101,6 x 127 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1999.30. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
William Merritt Chase (1849-1916), Matin sur la digue, Shinnecock, vers 1897. Huile sur toile, 101,6 x 127 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1999.30. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
Winslow Homer (1836-1910), Nuit d'été, 1890. Huile sur toile, 76,5 x 102 cm. Paris, musée d'Orsay, acquis de l'artiste en 1900, RF 1977-427. © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski.
Winslow Homer (1836-1910), Nuit d’Ă©tĂ©, 1890. Huile sur toile, 76,5 x 102 cm. Paris, musĂ©e d’Orsay, acquis de l’artiste en 1900, RF 1977-427. © RMN-Grand Palais (musĂ©e d’Orsay) / HervĂ© Lewandowski.
George Inness (1825-1894), L’Été à Montclair, 1877. Huile sur toile, 106,2 x 85,7 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1999.78. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
George Inness (1825-1894), L’Été à Montclair, 1877. Huile sur toile, 106,2 x 85,7 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1999.78. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
Willard Metcalf (1858-1925), Le Bassin aux nymphéas, 1887. Huile sur toile, 30,8 x 38,3 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1993.5. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
Willard Metcalf (1858-1925), Le Bassin aux nymphéas, 1887. Huile sur toile, 30,8 x 38,3 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1993.5. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
Theodore Robinson (1852-1896), Arbres en fleurs à Giverny, 1891-1892. Huile sur toile, 54,9 x 51,1 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1992.130. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
Theodore Robinson (1852-1896), Arbres en fleurs à Giverny, 1891-1892. Huile sur toile, 54,9 x 51,1 cm. Chicago, Terra Foundation for American Art, Collection Daniel J. Terra, 1992.130. © Terra Foundation for American Art, Chicago.
James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), Variations en violet et vert, 1871. Huile sur toile, 61,5 x 35,5 cm. Paris, musée d'Orsay, acquis avec le concours du Fonds National du Patrimoine et la participation de Philippe Meyer, 1995, RF 1995-5. © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Patrice Schmidt.
James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), Variations en violet et vert, 1871. Huile sur toile, 61,5 x 35,5 cm. Paris, musĂ©e d’Orsay, acquis avec le concours du Fonds National du Patrimoine et la participation de Philippe Meyer, 1995, RF 1995-5. © RMN-Grand Palais (musĂ©e d’Orsay) / Patrice Schmidt.

Extrait du communiquĂ© de presse :



Commissariat :
Katherine Bourguignon, conservateur Ă  la Terra Foundation for American Art

Le musée des impressionnismes Giverny invite à l’automne 2020 la Terra Foundation for American Art à présenter une sélection de paysages des XIXe et XXe siècles issus de cette collection en provenance des États-Unis. Organisée du 12 septembre 2020 au 3 janvier 2021, l’exposition L’Atelier de la nature, 1860-1910. Invitation à la Collection Terra propose ainsi aux visiteurs de mieux appréhender l’évolution de l’art du paysage chez les artistes américains. Elle bénéficie d’importants prêts du musée d’Orsay, de la Bibliothèque nationale de France et de la Société de Géographie.

Dans une lettre ouverte Ă©crite en 1855, le peintre paysagiste Asher B. Durand dĂ©conseille aux Ă©lèves d’étudier dans les ateliers renommĂ©s et les enjoint plutĂ´t Ă  travailler en plein air et Ă  se confronter Ă  « l’atelier de la nature ». De nombreux jeunes artistes suivent ses recommandations. Ils remplissent leurs carnets de croquis de paysages extrĂŞmement dĂ©taillĂ©s et se concentrent sur la singularitĂ© de chaque pierre, plante, arbre ou nuage. L’observation directe de la nature leur permet d’accĂ©der Ă  une forme d’authenticitĂ© lorsqu’ils retournent peindre dans leurs ateliers. Plus tard, les artistes amĂ©ricains vont rejeter l’imitation servile de la nature et se tourner vers des crĂ©ations reposant sur l’émotion et l’expressivitĂ©. Selon James Abbott McNeill Whistler, seul un artiste peut transformer les Ă©lĂ©ments de la nature en un chef d’oeuvre. Pour lui, l’imagination supplante l’imitation. Ă€ partir des annĂ©es 1880, les artistes amĂ©ricains peignant Ă  Barbizon et Ă  Giverny abordent la nature Ă  travers le regard des naturalistes et des impressionnistes. Ils dĂ©laissent les grands panoramas pour des scènes ordinaires, certes moins spectaculaires mais qu’ils dĂ©peignent avec un style novateur. Le travail en plein air les incite Ă  appliquer la couleur en larges touches afin de capturer les effets changeants d’ombre et de lumière. De retour aux États-Unis au tournant du siècle, ces artistes continuent d’employer les mĂ©thodes et les tonalitĂ©s impressionnistes tout en expĂ©rimentant avec des nouvelles techniques plus modernes. 

Cette évolution se retrouve dans les cinq sections de l’exposition qui proposent des temps forts selon un déroulé chronologique. Ainsi, les liens entre photographie et peinture de paysage dans les années 1870 constituent le premier thème abordé, suivi de la réinvention radicale du paysage par Whistler et des paysages aux ambiances poétiques des années 1880. L’exposition s’achève avec l’impressionnisme coloré de Giverny, et les diverses interprétations de la nature par des artistes urbains du XXe siècle.

De 1860 à 1910, la représentation du paysage chez les artistes américains évolue sans cesse, passant de la description méticuleuse à l’expression subjective, des panoramas aux scènes intimes. L’exposition permet d’évoquer trois idées plus larges : l’influence artistique ; l’identité nationale ; et le rapport de l’homme à la nature. Si la plupart des paysages de l’exposition montrent un peuple en harmonie avec la nature, d’autres apparaissent comme une mise en garde sur l’éventualité de sa perte et sur l’impact de l’implantation des populations, du tourisme et de l’urbanisation.



Le parcours de l’exposition


1. Du fleuve Hudson Ă  Yellowstone 

L’exposition s’ouvre avec la reprĂ©sentation des grands espaces amĂ©ricains, oĂą des montagnes lointaines dominent des Ă©tendues d’eau calmes nimbĂ©es de lumière. Bien que de dimensions parfois modestes, les toiles capturent avec succès les grandes distances et les vastes espaces, caractĂ©ristiques des États-Unis. Certains artistes tels qu’Alfred Thompson Bricher et Sanford Robinson Gifford contrebalancent la grandeur du paysage par des scènes Ă  Ă©chelle humaine, dans lesquelles l’homme semble ĂŞtre en harmonie avec son environnement. Worthington Whittredge adopte une stratĂ©gie similaire dans sa reprĂ©sentation d’AmĂ©rindiens installĂ©s le long d’une rivière du Colorado. Cette scène ne fait aucune allusion au dĂ©placement violent des tribus amĂ©rindiennes par les colons amĂ©ricains s’installant dans l’Ouest au mĂŞme moment. 

Entre 1860 et 1880, de nombreuses campagnes d’exploration de l’Ouest américain voient le jour ayant pour but d’étudier et de documenter le territoire. Les photographes s’imposent alors comme des acteurs incontournables de ces campagnes et de leur promotion. Timothy O’Sullivan, John K. Hillers ou William Henry Jackson réalisent des milliers de photographies, dont la diffusion permet de faire découvrir ces paysages spectaculaires aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Ces images transcendent leur rôle documentaire pour investir des fonctions idéologiques et promotionnelles mais également artistiques, voire écologiques. En 1872, convaincu par la nécessité de préserver la nature, le Congrès vote la création d’un premier parc national, Yellowstone Park.


2. Les paysages esthĂ©tiques de Whistler 

Peintre américain expatrié en Europe, James Abbott McNeill Whistler est l’un des artistes majeurs de cette exposition. Il invente une nouvelle vision du paysage, en affirmant que l’artiste a besoin d’améliorer la nature en la peignant – puisque « la nature a très rarement raison. » L’artiste doit recomposer le paysage, plutôt que le copier. Ses oeuvres, inspirées de l’art japonais et du « mouvement esthétique » anglais allient surfaces décoratives et harmonies subtiles de tons. Bien qu’aujourd’hui majoritairement connu pour son oeuvre peint, Whistler est un graveur hors pair. Son traitement des espaces vides, la grande liberté de ses traits et l’accent mis sur des sujets urbains introduisent dans ses estampes une intensité visuelle d’une grande subtilité. En 1879, la Fine Art Society de Londres lui commande une série de gravures de Venise qu’il édite en 1880 et 1886. Les changements effectués entre les deux séries permettent de percevoir avec acuité la façon dont il affine et développe ses sujets au cours du temps. Les estampes qu’il expose et vend en Europe et aux États-Unis sont remarquées par une nouvelle génération d’artistes qui intègre les leçons transmises par Whistler.


3. Les paysages d’émotion 

Inspirés de Whistler mais également de l’École de Barbizon, les artistes américains se détournent des panoramas époustouflants et de la touche invisible de leurs prédécesseurs pour réaliser des paysages intimes et romantiques. Ils préfèrent interpréter la nature au lieu de la représenter et cherchent à transmettre un certain état d’esprit. Dans les années 1870 et 1880, George Inness développe un style très personnel de peinture de paysage élaboré à partir de son imagination et de sa mémoire. Ses oeuvres dépassent l’observation directe et illustrent la relation entre le monde matériel et le monde spirituel. Les critiques les désignent comme des « paysages de l’esprit » ou « paysages d’émotion » et font l’éloge de la sensibilité qui s’en dégage. D’autres artistes, tels que Dennis Miller Bunker ou John Twatchman peignent des « morceaux de nature » ou des vues ordinaires en utilisant une palette de bruns chargés de bitume et de verts sombres appliqués en touches larges. Leurs paysages baignent dans une lumière douce et feutrée qui devient le vecteur de leurs émotions. De nombreux tableaux dans cette section de l’exposition sont peints en France, où les Américains adoptent et transforment les tonalités et les touches de l’École de Barbizon avant de se tourner vers l’impressionnisme.


4. L’impressionnisme Ă  Giverny 

Après l’installation de Claude Monet Ă  Giverny en 1883, et au cours des trente annĂ©es suivantes, le village attire des centaines d’artistes internationaux. Ils sont sĂ©duits par la prĂ©sence du maĂ®tre impressionniste mais Ă©galement par la perspective de travailler ensemble et de peindre en plein air dans cette colonie d’artistes proche de Paris. Les paysages rĂ©alisĂ©s par les AmĂ©ricains rĂ©sidant Ă  Giverny montrent une pluralitĂ© de tendances Ă  la fois naturalistes et impressionnistes. Comme Monet, ils cherchent Ă  capturer les effets changeants de l’ombre et de la lumière dans des compositions spontanĂ©es oĂą la touche est rapide et les couleurs vives. Theodore Robinson et John Leslie Breck rĂ©sident plusieurs annĂ©es dans le village et deviennent proches de Monet, mais leurs toiles ne sont pas de simples imitations de celles du maĂ®tre. 

Ainsi, même lorsqu’ils adoptent les sujets de prédilection du peintre français, différentes influences affleurent dans leur touche, provenant tout à la fois de leur formation académique et des mouvements impressionniste et postimpressionniste.


5. Une vision moderne 

Adapter les techniques picturales européennes aux paysages américains constitue un défi pour les artistes revenant aux États-Unis dans les années 1890. Certains se plaignent de la différence de lumière et d’atmosphère et sont nostalgiques du temps gris, caractéristique de Londres ou de Paris. Willard Metcalf, par exemple, reste fidèle à l’impressionnisme mais éclaircit sa palette afin de représenter le soleil chaud de Cuba ou le ciel bleu de la Nouvelle-Angleterre. Son Ruisseau en juin est pétillant de couleurs vives et de touches rapides ; la toile évoque son travail à Giverny en plus lumineux. D’autres artistes tels que Childe Hassam ou Edward Simmons adaptent les techniques impressionnistes aux scènes de rues et aux parcs de Boston. Au début du XXe siècle, certains peintres, comme Rockwell Kent et George Bellows, insufflent une vision plus forte et plus personnelle à leurs interprétations de la nature, ouvrant ainsi la voie au modernisme.