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“La fabrique de l’extravagance” Porcelaines de Meissen et de Chantilly

au Domaine de Chantilly – Grands Appartements

du 5 septembre 2020 au 3 janvier 2021

Domaine de Chantilly

PODCAST -  Interview de Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musée Condé et commissaire de l’exposition, par Anne-Frédérique Fer, à Chantilly, le 4 septembre 2020, durée 10’53. © FranceFineArt.

PODCAST –  Interview de Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musĂ©e CondĂ© et commissaire de l’exposition,

par Anne-Frédérique Fer, à Chantilly, le 4 septembre 2020, durée 10’53, © FranceFineArt.


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© Anne-FrĂ©dĂ©rique Fer, voyage presse et prĂ©sentation de l’exposition, le 4 septembre 2020.

Eléphant et cornac oriental montés en pendule. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré, fleurs en pâte tendre française. Manufacture de Meissen, modèle de Peter Reinicke (novembre 1743), vers 1745. Mouvement d’Etienne Le Noir à Paris (sans doute Pierre-Etienne, reçu maître en 1743) et monture française, vers 1750 Fleurs en pâte tendre française (Vincennes ?), vers 1750. H. 46; Pr. 33,5 cm. Collection particulière. ©Christian Mitko.
Eléphant et cornac oriental montés en pendule. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré, fleurs en pâte tendre française. Manufacture de Meissen, modèle de Peter Reinicke (novembre 1743), vers 1745. Mouvement d’Etienne Le Noir à Paris (sans doute Pierre-Etienne, reçu maître en 1743) et monture française, vers 1750 Fleurs en pâte tendre française (Vincennes ?), vers 1750. H. 46; Pr. 33,5 cm. Collection particulière. ©Christian Mitko.
Rhinocéros avec un oriental monté en pendule. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré, fleurs en porcelaine tendre française. Manufacture de Meissen, modèle de Johann Joachim Kändler, vers 1750-1755.
Rhinocéros avec un oriental monté en pendule. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré, fleurs en porcelaine tendre française. Manufacture de Meissen, modèle de Johann Joachim Kändler, vers 1750-1755.
Fontaine de table. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré. Manufacture de Meissen, vers 1740 H. 61 cm. Collection particulière. ©Hugues Dubois.
Fontaine de table. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré. Manufacture de Meissen, vers 1740 H. 61 cm. Collection particulière. ©Hugues Dubois.
Magot. Porcelaine tendre de Chantilly à décor polychrome sur émail stannifère. Manufacture de Chantilly, vers 1735 H. 17; L. 15; Pr. 15,3 cm Sèvres, musée national de Céramique, inv. MNC 3536 Historique : acheté par le musée de Sèvres en juillet 1845. ©RMN-Grand Palais Sèvres Cité de la céramique-Martine Beck-Coppola.
Magot. Porcelaine tendre de Chantilly à décor polychrome sur émail stannifère. Manufacture de Chantilly, vers 1735 H. 17; L. 15; Pr. 15,3 cm Sèvres, musée national de Céramique, inv. MNC 3536 Historique : acheté par le musée de Sèvres en juillet 1845. ©RMN-Grand Palais Sèvres Cité de la céramique-Martine Beck-Coppola.
Magot chinois sur un éléphant. Porcelaine tendre de Chantilly Manufacture de Chantilly, vers 1735-1740 H. 22 ; L. 20,4 ; Pr. 19 cm. Chantilly, musée Condé, NA 94 Historique : vente Drouot, 29 mai 1968, lot 7 ; don George Paquier, 1981. ©RMN-Grand Palais domaine de Chantilly-Michel Urtado.
Magot chinois sur un éléphant. Porcelaine tendre de Chantilly Manufacture de Chantilly, vers 1735-1740 H. 22 ; L. 20,4 ; Pr. 19 cm. Chantilly, musée Condé, NA 94 Historique : vente Drouot, 29 mai 1968, lot 7 ; don George Paquier, 1981. ©RMN-Grand Palais domaine de Chantilly-Michel Urtado.
Théière en forme de singe. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome Manufacture de Meissen, attribué à Johan Joachim Kändler, vers 1735-1740 H. 18 ; L. 16,1 ; Pr. 8,6 cm Dresde, Staatliche Kunstsammlungen, Porzellansammlung, PE 3899 Historique : collections royales saxonnes. ©Porzellansammlung Staatliche Kunstsammlungen Dresden Foto Adrian Sauer.
Théière en forme de singe. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome Manufacture de Meissen, attribué à Johan Joachim Kändler, vers 1735-1740 H. 18 ; L. 16,1 ; Pr. 8,6 cm Dresde, Staatliche Kunstsammlungen, Porzellansammlung, PE 3899 Historique : collections royales saxonnes. ©Porzellansammlung Staatliche Kunstsammlungen Dresden Foto Adrian Sauer.
Pendule aux carlins. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré, fleurs en porcelaine tendre française. Manufacture de Meissen, vers 1755 Mouvement de C. Mathieu à Paris H. 44,3 cm. Collection particulière ©Hugues Dubois.
Pendule aux carlins. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome montée en bronze ciselé et doré, fleurs en porcelaine tendre française. Manufacture de Meissen, vers 1755 Mouvement de C. Mathieu à Paris H. 44,3 cm. Collection particulière ©Hugues Dubois.

Extrait du communiqué de presse :



Commissariat :
Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musée Condé



Le XVIIIe siècle fut celui de la course à la porcelaine, considérée comme un « or blanc ». Deux princes, Auguste le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne, et Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé, premier ministre du roi Louis XV, atteints de la même « maladie de la porcelaine » et amateurs de céramiques importées à grand prix depuis l’Extrême-Orient, souhaitèrent tour à tour créer leur propre manufacture pour rivaliser avec les productions asiatiques et, ce faisant, asseoir leur prestige tout en assouvissant leur passion. C’est cette histoire comparée et inédite de deux des plus importantes fabriques de porcelaine de la première moitié du XVIIIe siècle, celles de Meissen et de Chantilly, qui sera explorée au Domaine de Chantilly, du 5 septembre 2020 au 3 janvier 2021.

Pour la première fois, une exposition d’ampleur se propose d’éclairer le dialogue entre des productions qui ont marqué les arts décoratifs du Siècle des Lumières. Organisée au sein des prestigieux Grands Appartements du château, datant eux-mêmes du XVIIIe siècle, et servie par une scénographie spectaculaire de Peter Marino, elle permet d’admirer des pièces d’une virtuosité technique rarement atteinte et d’une somptuosité assortie à la légèreté du siècle de l’art de vivre.

Meissen et Chantilly, un dialogue inédit au sommet

La rareté, l’exotisme de leurs formes et de leurs décors, la translucidité et la pureté de leur blancheur rangeaient les porcelaines parmi les objets les plus recherchés des amateurs de la première moitié du XVIIIe siècle. Grâce aux importations de porcelaines chinoises puis japonaises effectuées majoritairement par la Compagnie hollandaise des Indes orientales, les productions asiatiques emplissaient les boutiques des marchands merciers et les cabinets des collectionneurs.

C’était le cas à Dresde et à Chantilly, chez nos deux princes collectionneurs. L’exposition donnera à voir parmi les plus beaux exemplaires de porcelaines asiatiques amassés par Auguste le Fort, encore conservés à Dresde. De même, pour la première fois, les plus belles porcelaines chinoises et japonaises présentes à Chantilly jusqu’à la Révolution française vont revenir au château, dans les lieux mêmes où le prince les disposait avec goût !

Nos deux princes collectionneurs ne s’arrêtèrent pas là et voulurent à leur tour créer leur propre fabrique. Meissen, en Saxe, fut ainsi la première manufacture à produire de la porcelaine à pâte dure en dehors de la Chine et du Japon, dès 1710. Lorsque la manufacture de porcelaine tendre de Chantilly fut créée en 1730, sous le patronage du prince de Condé, c’était d’ailleurs pour entrer en compétition avec la grande fabrique à succès de l’époque, celle de Meissen.

L’esthétique développée par Meissen et Chantilly était résolument tournée vers l’Extrême-Orient : ces manufactures jouèrent un rôle de premier plan en faveur du développement de la chinoiserie dans le domaine des arts décoratifs. La porcelaine, matière exotique par excellence, en était l’un des principaux vecteurs. À Chantilly comme à Meissen, c’était notamment aux productions japonaises de style dit Kakiemon qu’il fallait faire référence, avec des motifs japonisants stylisés, disposés sans symétrie ni perspective, mettant en valeur la blancheur de la porcelaine.

L’exposition s’attardera sur ces échanges incessants avec les modèles asiatiques, sur le dialogue entre les productions de Chantilly et de Meissen, mais aussi sur la créativité de ces dernières, qui s’appuyait également sur des recueils de modèles. Des assemblées de riantes pagodes, ces statuettes d’inspiration bouddhique bedonnantes et hautement exotiques, inviteront le visiteur – à l’instar de l’amateur du XVIIIe siècle – à une Chine de fantaisie. Les animaux n’étaient pas en reste : les singes de porcelaine regagneront leur singerie, tandis qu’une ménagerie et d’extraordinaires volières de porcelaine vont susciter la surprise et l’émerveillement des visiteurs.

Ce sera un véritable événement que de voir présentés à Chantilly parmi les objets les plus spectaculaires du siècle, les oiseaux en porcelaine de Meissen grandeur nature créés par les Johann Joachim Kändler, provenant de la galerie des animaux d’Auguste le Fort au Palais japonais de Dresde, et exceptionnellement prêtés par les Staatliche Kunstsammlungen de Dresde et le musée national de Céramique de Sèvres.

L’histoire de la porcelaine est aussi celle du commerce du luxe. Bien des marchands merciers parisiens vendaient à la fois les productions de Chantilly et de Meissen, les acclimatant au goût des amateurs par le biais de montures en bronze doré. On combinait porcelaines de Chantilly ou de Meissen avec de riches montures en bronze doré et des fleurs en pâte tendre, pour former pendules, cartels, écritoires, flambeaux, fontaines, etc. D’éminents collectionneurs particuliers ont prêté leurs plus belles pièces montées pour permettre de se plonger dans un univers de luxe et de raffinement, où le goût de l’objet d’art fut porté à son sommet.

Une scénographie spectaculaire

Le château de Chantilly conserve le décor unique en France des appartements du prince de Condé qui créa la manufacture de Chantilly. C’est dans ces pièces rocaille, aux boiseries blanches et or, que seront exposées les porcelaines, sur un mobilier d’époque de premier ordre, comme au temps des princes. Le visiteur sera ainsi invité à une expérience de visite immersive, pour découvrir, voire apprendre à apprécier, des pièces qui prennent tout leur sens dans leur environnement de présentation originel.

Le grand architecte new-yorkais Peter Marino a mis toute sa créativité au service de cette ambition en imaginant une scénographie extravagante, inspirée par les dispositifs de présentation d’époque.

Grâce aux prêts de musées nationaux et internationaux, et d’un grand nombre de pièces exceptionnelles provenant de collections privées, l’exposition, par ailleurs l’une des seules jamais consacrées en France à l’extraordinaire production de la manufacture allemande de Meissen, permettra de redécouvrir des trésors d’art et de technique, et de s’immerger dans un monde aussi extravagant que raffiné.

Catalogue aux Ă©ditions Monelle Hayot

Catalogue de l’exposition sous la direction de Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musée Condé, Domaine de Chantilly


Faucon crécelle dévorant une proie. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome. Manufacture de Meissen, modèle d’après Johann Joachim Kändler vers 1742-1745. H. 29. L. 24.5 ; Pr 12 cm. Collection particulière. ©Éditions Monelle Hayot_photo Alo Paistik.
Faucon crécelle dévorant une proie. Porcelaine dure de Meissen à décor polychrome. Manufacture de Meissen, modèle d’après Johann Joachim Kändler vers 1742-1745. H. 29. L. 24.5 ; Pr 12 cm. Collection particulière. ©Éditions Monelle Hayot_photo Alo Paistik.
Pots-pourris au léopard. Porcelaine tendre de Chantilly à décor Kakiemon. Manufacture de Chantilly, vers 1740. Chantilly, musée Condé, OA 1088. ©RMN-Grand Palais domaine de Chantilly-Michel Urtado.
Pots-pourris au léopard. Porcelaine tendre de Chantilly à décor Kakiemon. Manufacture de Chantilly, vers 1740. Chantilly, musée Condé, OA 1088. ©RMN-Grand Palais domaine de Chantilly-Michel Urtado.
Héron. Porcelaine dure de Meissen. Manufacture de Meissen, modèle de Johann Joachim Kändler, mars 1732. H. 73,2 ; L. 45 ; D. 28,8 cm. Dresde, Staatliche Kunstsammlungen, Porzellansammlung, PE 137. ©Porzellansammlung Staatliche Kunstsammlungen Dresden Foto Adrian Sauer.
Héron. Porcelaine dure de Meissen. Manufacture de Meissen, modèle de Johann Joachim Kändler, mars 1732. H. 73,2 ; L. 45 ; D. 28,8 cm. Dresde, Staatliche Kunstsammlungen, Porzellansammlung, PE 137. ©Porzellansammlung Staatliche Kunstsammlungen Dresden Foto Adrian Sauer.

Meissen / Chantilly

Auguste le Fort et la manufacture de porcelaine de Meissen

Sous Frédéric-Auguste de Saxe (1670-1733), dit « le Fort », la cour de Saxe déploya d’extraordinaires fastes qui firent sensation dans l’Europe de la première moitié du XVIIIe siècle.

Electeur de Saxe et roi de Pologne, Auguste le Fort souhaita intégrer le concert des plus grands dirigeants européens. Alors qu’il était faible sur le plan militaire, c’est dans le domaine des arts qu’il brilla bien au-delà de ses frontières. Le roi était en effet atteint de la « maladie de porcelaine », amassant les belles céramiques avec une frénésie jamais atteinte. Sa collection de porcelaines chinoises et japonaises, réunie en quinze ans, monta ainsi à près de 25 000 pièces. Il chercha bientôt à rivaliser avec ces dernières en créant sa propre manufacture.

Dès le XVIe siècle, les importations de porcelaines asiatiques en Europe ne cessaient en effet de croître. On commença à chercher le moyen d’imiter ce précieux produit apprécié dans les cours princières. Après Florence et la « porcelaine des Médicis », c’est Rouen, Delft et Saint-Cloud qui virent la naissance de leur propre fabrique, à partir du XVIIe siècle. La Saxe devait prendra la suite. L’alchimiste prussien Johann Friedrich Böttger, qui essaya en vain de percer le secret de fabrication de l’or, se mit au service de l’électeur : en 1708, associé au scientifique Tschirnhaus, il perça, pour la première fois en Occident, celui de la porcelaine dure, conforme au modèle chinois, grâce à l’apport de kaolin.

Une manufacture fut dès lors fondée par Auguste le Fort le 23 janvier 1710 à Dresde ; pour des raisons de sécurité, elle fut transférée quelques mois plus tard à Meissen. En 1720, l’engagement du peintre Johann Gregor Höroldt permit de diversifier la production, en appliquant sur la porcelaine des couleurs émaillées supportant la cuisson et en les agrémentant de scènes de chinoserie à la mode. Il livra des modèles pour les peintres de la manufacture qui noua un fructueux dialogue avec les productions asiatiques.

Au Palais hollandais de Dresde, devenu japonais, Auguste le Fort imagina plusieurs programmes décoratifs pour confronter les porcelaines asiatiques et celles de Meissen. Les originaux d’Asie de l’Est de la collection royale constituaient un encouragement continuel pour les améliorations et les innovations techniques à Meissen, auxquelles le roi accordait un grand intérêt personnel. C’est ainsi que la fabrique saxonne se signala par des prouesses  echniques spectaculaires, en créant notamment des sculptures d’animaux grandeur nature. Ces surprenants chefs-d’œuvre de porcelaine repoussèrent les limites de ce matériau.

Les porcelaines de Meissen connurent un succès fulgurant, dans l’Europe entière. On les importait en nombre en France, où les marchands merciers parisiens les dotaient de montures de bronze dorée françaises, afin de les magnifier. Les troubles de la guerre de Sept Ans et le développement de la manufacture de Sèvres eurent finalement raison, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, de la primauté de Meissen en Europe.


Louis-Henri de Bourbon-Condé et la manufacture de Chantilly

Petit-fils de Louis XIV par sa mère, arrière-petit-fils du Grand Condé par son père, Louis-Henri, prince de Condé, communément appelé duc de Bourbon, fut l’un des grands mécènes de la première moitié du XVIIIe siècle. Il eut une carrière politique de premier plan qui aboutit au poste de premier ministre de Louis XV entre 1723 et 1726, tout en s’enrichissant considérablement grâce à la spéculation sur le « Système de Law ». Il connut la disgrâce en 1726 et s’exila sur ses terres de Chantilly. Là, il put poursuivre les grands travaux qu’il avait entrepris pour moderniser son château : construction des Grandes Écuries, modernisation des Grands Appartements et du Grand Château en général, commande des singeries. Ce fut un formidable collectionneur d’objets d’art : son inventaire après décès dressé en 1740 regorge de porcelaines asiatiques dont il était, comme Auguste le Fort, si friand.

Pour satisfaire son appétit de porcelaine, et rivaliser avec les productions asiatiques d’une part, et celles de Meissen de l’autre, le duc de Bourbon fit créer une manufacture de porcelaine à Chantilly. Vers 1730, il s’adjoignit les services d’un faïencier venant de Saint- Cloud, Cicaire Cirou, qui s’imposa comme le maître incontesté de la nouvelle manufacture pendant plus de vingt ans.

À Chantilly, la porcelaine est faite d’une pâte tendre (sans kaolin, découvert en France qu’en 1768) couverte d’un émail d’étain pour la rendre plus blanche. Le duc de Bourbon étant versé dans le goût pour les chinoiseries et l’art asiatique en général, comme en témoignent encore les décors des singeries qu’il commanda au peintre animalier Christophe Huet, la production de sa manufacture s’en ressentit. Le privilège royal qui lui fut octroyé en 1735 rappelle en effet que Chantilly se fit une spécialité, jusqu’au milieu du siècle, des porcelaines à l’imitation du Japon. Les collections du prince de Condé servirent ainsi de modèles aux ouvriers de la manufacture qui adoptèrent le style dit Kakiemon, composé de motifs japonisants (branches fleuries, bambous, écureuils, cailles, etc.) disposés sans symétrie, avec une palette de couleurs réduite, sur fond blanc.

Travaillant pour la manufacture de toiles peintes du prince (qui avait également fondé une fabrique de laques), le peintre Jean-Antoine Fraisse livra un recueil de modèles gravés à disposition des peintres de la fabrique de porcelaine qui purent y puiser des scènes extrême-orientales. Chantilly se signala par une grande inventivité dans cette veine, proposant, en plus des pièces de service ou de toilette, des figures sculptées d’inspiration bouddhiste (les pagodes ou les magots), ainsi que des animaux. Comme pour les pièces en Meissen, les porcelaines cantiliennes purent être rehaussées par de précieuses montures orfévrées, ou combinées à des pièces d’autres provenances pour satisfaire une clientèle exigeante. Le milieu du XVIIIe siècle coïncida avec une profonde transformation des productions de Chantilly qui se détournèrent de l’Asie et du dialogue avec Meissen pour aller vers une esthétique plus rocaille et européenne.