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“Coeurs” Du romantisme dans l’art contemporain
au Musée de la Vie Romantique, Paris

du 14 février au 12 juillet 2020



www.museevieromantique.paris.fr

 

© Anne-Frédérique Fer, vernissage presse, le 13 février 2020.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Winshluss, Comme un oignon… 2001. Technique mixte sur papier, 14,5 x 10 cm. © D.R Courtesy Galerie GP &N Vallois, Paris.
2/  Niki de Saint Phalle, My heart, 1965. Peinture collage sur bois. Collection privée, Courtesy Niki Charitable Art Foundation and Galerie GP & N.Vallois, Paris. © D.R. © Adagp, Paris, 2020.
3/  Jean-Michel Othoniel, Kokoro, 2012. Aquarelle sur papier 26 x 36 cm. Collection privée, Othoniel Studio . © Adagp, Paris, 2020.

 


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Interview de Gaëlle Rio et de Maribel Nadal Jové, commissaires de l'exposition,
par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 13 février 2020, durée 11'42". © FranceFineArt.

 


extrait du communiqué de presse :

 

commissariat :
Gaëlle Rio, directrice, musée de la Vie romantique
Maribel Nadal Jové, commissaire invitée




Le musée de la Vie romantique présente une sélection inattendue de 40 oeuvres de trente artistes contemporains autour de la représentation du coeur comme expression du sentiment amoureux, en écho à l’une des thématiques phares du romantisme.

Cette exposition souhaite ouvrir la programmation du musée au-delà du XIXe siècle en explorant les prolongements du romantisme dans l’art contemporain, en résonance avec ses collections. À la manière des écrivains et peintres romantiques qui inscrivaient les passions au coeur de leur création, l’exposition invite à une découverte esthétique du coeur et de sa représentation.

Le coeur en tant qu’organe, motif et symbole est présenté ici à travers différentes techniques : peinture, dessin, sculpture, céramique, néon et photographie. Certains artistes évoquent leurs sentiments et leurs tourments intérieurs en harmonie avec le romantisme du XIXe siècle. D’autres reprennent le motif en tant que forme esthétique et invitent à des pensées humanistes en ouvrant des horizons de sensibilité vers le rêve, l’idéal et le sublime. Outre les figures emblématiques de Niki de Saint Phalle, Jim Dine, Annette Messager, Sophie Calle, Pierre et Gilles, Jean-Michel Othoniel et Françoise Pétrovitch, le visiteur pourra découvrir dans cette présentation une vingtaine d’autres artistes.

Le parcours se décline en sept sections autour d’un récit sur l’amour et se poursuit dans l’ensemble du musée, invitant le visiteur à revoir de façon sensible et poétique les collections permanentes du musée. Le principe de la déambulation permet de faire ressentir au public les multiples nuances du sentiment amoureux en évoquant les grands thèmes de la séduction, du coup de foudre, de la déclaration d’amour, de l’érotisme, de la rupture, du deuil et de l’amour éternel. Des miniatures, dessins et objets précieux, aux côtés de formats plus spectaculaires, mêlant une approche naturaliste à une vision idéaliste, illustrent ce motif populaire, son sens symbolique et ses appropriations esthétiques dans l’art d’aujourd’hui.vvCette exposition ouvrira pour la Saint-Valentin, lors d’une journée exceptionnelle gratuite destinée à tous les amoureux de l’art, de la musique et de la poésie. Une riche programmation culturelle, des animations et des dispositifs de médiation comme un photomaton, un parcours de visite pour les enfants, une carte du coeur ainsi que des visites guidées et des ateliers, feront battre le coeur du public au musée de la Vie romantique.



Artistes présentés :
Martine Aballéa, Pilar Albarracín, John M. Armleder, Gilles Barbier, Ronda Bautista, Sophie Calle, Hsia-Fei Chang, Delphine Coindet, Jim Dine, Jacques Halbert, Oda Jaune, Ouka Leele, Philippe Mayaux, Annette Messager, Marc Molk, Mrzyk & Moriceau, Claude Nori, Vincent Olinet, Jorge Orta, Jean-Michel Othoniel, Françoise Pétrovitch, Pierre et Gilles, Sarah Pucci, Agatha Ruiz de la Prada, Niki de Saint Phalle, Ida Tursic et Wilfried Mille, Luise Unger, Winshluss.






Parcours de l’exposition :

Présentée dans les deux espaces du grand atelier du peintre Ary Scheffer, l’exposition Coeurs, du romantisme dans l’art contemporain invite à découvrir une quarantaine d’oeuvres de trente artistes actuels, autour de la représentation du coeur. Le parcours, organisé autour de sept sections, dessine les contours d’un coeur multiple : coeur ouvert, coeur artiste, coeur symbole, coeur amoureux, coeur brisé, coeur gravé et coeur éternel.


Coeur ouvert
Le coeur est d’abord un organe caché. Inaccessible aux regards, il est central dans la mécanique humaine et donne, par ses battements, la preuve d’un corps vivant. Si son fonctionnement et son anatomie sont aujourd’hui connus, la dissection des corps humains a longtemps été interdite, laissant libre cours au développement de puissantes projections symboliques. Les progrès scientifiques n’ont pas effacé cette part mystérieuse du coeur, que les oeuvres rassemblées ici traduisent. Les artistes se saisissent de l’anatomie cardiaque tout en la détournant : Luise Unger utilise des fils d’acier pour figurer l’organe tandis qu’Oda Jaune met en scène une opération à coeur ouvert, réalisée par d’étranges créatures hybrides. À la fidélité anatomique de la représentation s’ajoute toujours une profondeur métaphorique et poétique.


Coeur artiste
Cette exhortation d’Alfred de Musset fait du coeur le lieu originel de la création et une métaphore de la démarche artistique : l’art vient du coeur, le coeur est artiste. Les oeuvres réunies ici présentent toutes le coeur de leurs créateurs. En le mettant en scène, les artistes composent leurs autoportraits respectifs. Représenter son coeur est une façon d’exprimer ses sentiments profonds, de retracer son histoire, de rendre palpables ses pulsations intérieures. En devenant visible, le coeur se transforme en un organe extérieur ; Pilar Albarracín, Marc Molk, Ouka Leele ainsi qu’Ida Tursic et Wilfried Mille jouent sur l’effet produit par cette inversion. Les artistes vont parfois jusqu’à le déposer hors du corps humain, rendant possibles de véritables radiographies, tantôt humoristiques, tantôt féroces, de leurs intériorités, tel le coeur de Niki de Saint Phalle.


Coeur symbole
Le coeur est représenté par un triangle adouci, séparé d’une échancrure en une symétrie parfaite et le plus souvent de couleur rouge sang. Il ne s’agit pas d’une simplification formelle de l’organe, mais probablement d’une représentation schématique de la feuille de lierre, qui reste vivace toute l’année. Forme parmi les plus courantes de l’iconographie populaire, elle est devenue le symbole universel de l’amour. Plane et frontale, elle est facilement reproductible et très largement utilisée, depuis les dessins d’enfants jusqu’aux émojis des téléphones portables. Le symbole du coeur fonctionne comme un signe que les artistes détournent au gré de leur sensibilité artistique. À l’immense coeur voluptueux de Jim Dine, répondent les formes plus poétiques et fugitives des cerises et petits pois de Jacques Halbert et des perles de Jean-Michel Othoniel tandis que Françoise Pétrovitch figure l’ambivalence du coeur, témoin à la fois des premiers émois et des premiers tourments.


Coeur amoureux
Le coeur est avant tout le symbole de l’amour. Au XIXe siècle, ce sentiment devient l’idéal des passions humaines et exige alors une alliance absolue des âmes et des corps. L’accélération cardiaque provoquée par l’état amoureux est sûrement pour beaucoup dans cette association. Cette mystique amoureuse romantique, incarnée par la communion physique et spirituelle entre deux êtres, irrigue toujours nos sociétés contemporaines. Des artistes comme Ronda Bautista convoquent le coeur pour raconter des histoires d’amour et de couples, du coup de foudre à la vie conjugale. Ici, le coeur amoureux est multiple : parfois mièvre et d’un kitsch assumé par Pierre et Gilles, parfois érotisé ou détourné avec humour par Philippe Mayaux ou le duo Mrzyk & Moriceau, souvent tendre, toujours romantique, comme dans le tableau abstrait de John M. Armleder où un coeur bicolore occupe la place du soleil.


Coeur brisé
Pour les artistes et les écrivains romantiques, la blessure d’amour était un puissant motif de création et la condition d’une vie pleinement vécue : « J’ai souffert souvent (…) mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu » affirme Perdican à Camille dans On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset. Le coeur est, par excellence, le foyer de la maladie d’amour et des tourments qui l’accompagnent. L’imaginaire amoureux contemporain prolonge cette grammaire romantique du chagrin, figurée par le coeur naufragé d’Annette Messager, le coeur transpercé de Marc Molk ou celui suturé de Winshluss. Toutes les facettes du coeur brisé sont ainsi explorées. Françoise Pétrovitch met en scène la cruauté de l’être aimé et la captivité du coeur tandis que Sophie Calle va jusqu’à évoquer la mort et le deuil. Parés de noir et empreints d’une tristesse singulière, ces différents coeurs évoquent l’universalité et l’intemporalité du chagrin amoureux et deviennent des supports à projection pour ceux qui les regardent.


Coeur gravé
Lorsque les coeurs ont été tourmentés, blessés ou brisés, que reste-t-il des histoires d’amour ? Alors que les écrivains et les peintres romantiques plaçaient le coeur au centre de leurs oeuvres pour immortaliser leurs sentiments, les artistes d’aujourd’hui rendent hommage à cet imaginaire amoureux qui perdure au-delà de la relation vécue. Claude Nori photographie les graffitis d’amoureux sur la côte italienne et dans la maison de Roméo et Juliette à Vérone tandis que Marc Molk associe la littérature au dessin en réalisant un calligramme-manifeste proclamant l’idéal romantique. Vincent Olinet et Hsia-Fei Chang soumettent le coeur à la puissance du hasard et à l’éternité des sentiments. L’écrit - archive concrète des relations passées - est une matière inépuisable pour questionner les coeurs et les graver dans la durée.


Coeur éternel
Comment raconter le coeur au-delà du temps ? Le dénouement tragique de Roméo et Juliette de Shakespeare inspire toujours prodigieusement les imaginaires amoureux. Chez les artistes romantiques, la recherche d’un amour qui transcende les existences s’exprime par des liens étroits avec la mort. La représentation du coeur dépasse ainsi la durée circonscrite des vies humaines et cherche à atteindre l’immortalité nécessaire à l’amour éternel, comme l’illustre le crâne spectaculaire de Gilles Barbier. Mais les mutations rapides de nos sociétés contemporaines interrogent : comment aimerons-nous dans le futur et à quoi ressembleront les coeurs qui nous suivront ? Projetés dans un autre temps que le nôtre et dans un avenir que nous ne connaissons pas, les coeurs du futur d’Hsia-Fei Chang et de Martine Aballéa sont soumis à tous les possibles.


L’exposition se prolonge dans les espaces des collections permanentes du musée : atelier salon et pavillon. La bibliothèque de l’atelier-salon présente d’autres facettes revêtues par le coeur : le coeur mystique, le coeur anatomique, le coeur profane des cartes à jouer, le coeur littéraire des auteurs romantiques. D’autres oeuvres ponctuent le parcours des collections : l’Obélisque aux coeurs rouges de Niki de Saint Phalle, véritable manifeste des sentiments de l’artiste, évoque une vision érotisée et radicale de l’imaginaire amoureux contemporain. Dans le pavillon, les coeurs dessinés, façonnés, tissés de Jorge Orta, Agatha Ruiz de la Prada et Delphine Coindet trouvent leur place aux côtés des quatre petits bijoux provenant des souvenirs de George Sand conservés au musée.