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“Brodbeck & de Barbuat” Silent World
à Dilecta – maison et galerie d’éditions, Paris

du 16 mars au 27 avril 2019



www.editions-dilecta.com/fr

 

© Anne-Frédérique Fer, visite de l’exposition avec Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat, le 15 mars 2019.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat, Opéra national de Paris II, « Solarisations », 2014. Tirage sur papier baryté, 19 x 28 cm.
2/  Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat, Mood-board, 2009, Travail préparatoire sur papier.
3/  Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat, Silent World, Panthéon, Rome, 2010. 110 x 140 cm.

 


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Interview de Simon Brodbeck & Lucie de Barbuat,
par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 15 mars 2019, durée 11'59". © FranceFineArt.

 


extrait du communiqué de presse :

 

Pour sa première collaboration avec le duo d’artistes, Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat, Dilecta a souhaité leur donner carte blanche, où à partir de la série « Les Mondes Silencieux », les artistes ont imaginé une exposition inédite spécifiquement pour l’espace. Cette exposition sera accompagnée du lancement d’une première édition avec le duo d’artistes, composée d’une série de trois photographies récentes et jamais exposées, sélectionnées spécialement pour Dilecta.



Silent World

Développée de 2008 à 2012, cette série d’images grand format trouve son inspiration dans les balbutiements de la photographie, lorsque « Boulevard du Temple » de Louis Daguerre, dès 1838, montrait une rue apparemment vide où seul un cireur de chaussures était révélé. Le temps d’exposition long de 3 à 5 heures, permet de ne faire apparaître sur la photographie que les éléments immobiles. L’activité humaine disparait. Les images sont ensuite recomposées, retravaillées comme des tableaux et font se rencontrer deux époques « technologiques » de l’histoire de la photographie, comme des « daguerréotypes modernes ». Notre intention dans ce projet était de faire fusionner ce qui existe et ce que l’imagination projette sur notre monde. Une représentation intérieure et silencieuse de notre monde.

« En explorant ce procédé à nouveaux frais, Lucie et Simon obtiennent ces images surprenantes où de grandes places citadines sont presque totalement dépeuplées, libérées de leur fréquentation incessante. Mais le mystère réside dans ce « presque » : comment expliquer la présence troublante des rares personnages, dont certains ne semblent pourtant pas immobiles ? Sans révéler le secret des artistes, évoquons simplement leur manière de superposer les techniques récentes aux techniques photographiques anciennes afin de faire apparaître ces quelques personnes isolées.

(…)

Les croquis préalables à « Silent World » révèlent combien l’art photographique ne se réduit pas à une captation immédiate ; il combine la composition et la délibération à une dimension plus spontanée.

Cette première concrétisation est un moyen pour les artistes de déterminer l’atmosphère particulière qui imprègnera leur série. Ils produisent autant qu’ils reçoivent le réel. Ils forment, informent, déforment, transforment le donné. Loin d’un simple reflet du monde vu, leur travail est la création d’un monde perçu et conçu.

Dans les termes de Henri Cartier Bresson, « photographier c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur » : autrement dit, c’est harmoniser la réflexion, l’observation visuelle du monde « extérieur » et les réactions émotionnelles occasionnées. Les images de Lucie et Simon accordent une large place à la « tête » : réflexives voire « cérébrales », elles montrent des lieux dont l’existence est à la fois réelle, indépendante de notre esprit (disons, le Musée du Louvre) et imaginée, dessinée, partiellement mise en scène.

Les dessins du couple d’artistes manifestent en effet leur intention constante de faire fusionner le réel et la fiction ; ce qui existe et ce que l’imagination projette sur le monde ; ce que nous voyons et ce que nous ne pouvons pas voir (Time Square à New York n’est jamais vide). L’univers urbain que nous observons sur ces photographies est un « monde possible » : une réalité « extérieure » mêlée à une représentation « intérieure », mentale voire spirituelle.

Les notions inséparables d’espace et de temps sont centrales dans l’oeuvre du jeune couple d’artistes. Le temps, de manière remarquable, y est convoqué sous différents aspects : du point de vue technique, la durée du procédé ancien est mêlée au traitement informatique et au temps court des photographies plus récentes ; dans le contexte de l’histoire de l’art, un hommage est fait aux débuts de la photographie ; et enfin, à l’égard de l’effet produit et de la signification hypothétique de cette série, la fusion de deux moments (l’un court, l’autre long) opère une véritable métamorphose de la place de l’Opéra ou de l’église St Sulpice à Paris, du Panthéon à Rome, ou encore de la Gare de Pékin. (…) Mais la désertification de ces lieux nous égare dans le temps : ces photographies semblent moins refléter une époque particulière qu’appartenir à l’espace-temps de, la fiction ou à l’intemporalité d’un monde inexistant.

Le spectateur finit par s’y perdre, rejoignant ces âmes errantes.

Face à la relativité du temps et de l’espace, à la solidité des pierres et des buildings interminables, l’homme est bien fragile ; s’agit-il d’un univers post-apocalyptique où les survivants sont abandonnés à la solitude et au silence ? Paradoxalement, ce monde imaginé dégage en même temps un profond sentiment de paix de l’âme, proche de l’ataraxie recherchée par les philosophes de l’Antiquité. (…) Qui n’a jamais rêvé d’interrompre le mouvement du monde, de faire disparaître le chaos et le brouhaha de la foule, ou encore d’avoir pour soi seul le luxe de goûter ces lieux imposants et majestueux que s’arrachent les visiteurs ? »

Extraits du texte de Julia Beauquel



Solarisations, 2019
Cette série de trois photographies inédites se place dans la continuité de « Silent World ». Réalisée et sélectionnée spécialement pour Dilecta, elle s’ancre dans la singularité du travail des artistes tout en dévoilant une nouvelle expérience visuelle, la solarisation. Par cette technique, les artistes accentuent l’ataraxie naturelle provoquée par les espaces historiques parisiens que sont le Louvre et l’Opéra National, cette suspension de respiration qui saisi, incite à la contemplation.