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“Claudine Doury” Une odyssée sibérienne
au Palais de l’Institut de France, Paris

du 27 octobre au 25 novembre 2018



www.academie-des-beaux-arts.fr

 

© Anne-Frédérique Fer, visite de l'exposition avec Claudine Doury, le 26 octobre 2018.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Claudine Doury, Sur le fleuve Amour près de Blagovechtchensk, 1991. © Claudine Doury.
2/  Claudine Doury, Le Fleuve Amour à Nergen, 2018. © Claudine Doury.
3/  Claudine Doury, Dasha, Nergen, 2018. © Claudine Doury.

 


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Interview de Claudine Doury,
par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 26 octobre 2018, durée 27'12". © FranceFineArt.

 


extrait du communiqué de presse :

 

Lauréate en 2017 du Prix de Photographie Marc Ladreit de Lacharrière en partenariat avec l’Académie des beaux-arts pour son projet Une odyssée sibérienne, Claudine Doury exposera du 27 octobre au 25 novembre 2018 le travail réalisé dans ce cadre tout au long de l’année.

Une odyssée sibérienne est l’histoire d’un retour : dans son projet présenté au jury du Prix, Claudine Doury avait proposé de retourner sur les traces des personnes rencontrées en 1991 et 1998 le long du fleuve Amour. Elle souhaitait ainsi témoigner à la fois du passage du temps sur ces familles photographiées alors, mais aussi des mutations qui avaient pu s’opérer à plus grande échelle sur ces populations.

Le travail qui sera exposé cet automne à l’Académie est un portrait actuel et intimiste de ces familles nanaï et oultches retrouvées par Claudine Doury au cours de plusieurs voyages effectués cette année le long du fleuve Amour, de Khabarovsk à Bogorodskoye. Conçu comme une sorte de journal mental restituant plusieurs strates temporelles du passé de ces familles et de ces peuples, il est également un témoignage sur l’évolution de ces terres à la frontière de la Chine, ce puissant voisin qui redessine à grands pas la géopolitique de toute la région.

L’exposition présentera une quarantaine de photographies inédites, des carnets photographiques réalisés au retour des voyages précédents de Claudine Doury sur l’Amour ainsi que des photographies d’archives permettant de mettre en perspective l’histoire de ces peuples et de ces cultures vivantes mais vulnérables.






Une odyssée sibérienne - Extraits du texte de Philippe Trétiack pour le hors-série de la Revue des Deux Mondes consacré au travail de Claudine Doury (octobre 2018).

Elle parle vite. Elle parle beaucoup. Dans sa bouche, les mots se bousculent comme autant de pierres que roulerait un torrent. Elle a ses lubies, des points de fixation. L’un d’eux est oriental et son nom sonne telle une promesse, tel un défi : Amour. Sur 4400 kilomètres de long il s’étire et s’incurve. C’est un fleuve sibérien. Les Mongols l’ont baptisé Khara Mouren, le fleuve noir, les Chinois Heilongjiang, fleuve du dragon noir. Tout un programme. Elle s’en est approchée une première fois en 1991, elle y retourne aujourd’hui, une bourse en poche. 27 années se sont écoulées entre ces deux voyages et celles et ceux qu’elle avait rencontrés hier et dont elle tira le livre Peuples de Sibérie (Seuil) ont pris de l’âge et pour certains de l’embonpoint. D’autres ont pris la tangente. Dans ces régions d’aridité, de neige, de moustiques et d’alcool, l’avenir est incertain (…).

Un jour, dans un musée de Blagovechtchensk, fouillant dans les archives, elle tombe sur le cliché qui déclenche tout. Une femme oroqen assise serre un enfant contre elle. Elle est sibérienne mais pourrait être squaw, sioux ou même cheyenne. Edward Sheriff Curtis, le grand ethnologue américain aurait pu la photographier à l’aube du 20ème siècle. Seule face à cette image, dans la poussière d’une salle d’archives d’ordinaire interdite aux étrangers, Claudine Doury réalise soudain que si l’on en sait beaucoup sur les tribus qui furent percutées par la ruée vers l’Ouest aux Etats Unis, on ne sait presque rien des peuples qui de l’autre côté du globe, durent absorber la furia des pionniers moscovites. Leurs noms, leurs langues, leurs us et coutumes ? Des bribes, du grésil, de la poussière. Claudine tient sa mission. Elle s’attelle à son oeuvre, documenter ce monde sibérien âpre et redoutable, fermé, sauvage, violent, émouvant. Une fois, deux fois, dix fois elle accomplit sa traversée cap à l’Est, en train le plus souvent car elle redoute l’avion et puis en autocar, en carriole, en side-car, en hélicoptère du Kgb quand la chance lui sourit (...).

Les images de Claudine Doury en soulevant le voile de neige et de silence qui couvre ces peuples en les apaisant nous réveille. Nénètses, Nganassanes, Komis, Koriaks, Kérèks, Nanaïs, Oroks, Orotches, Oudégués, Oultches, Nivkhes, Chors, Kètes, Khalasses, Aléoutes, Aïnous, Toungouses… leurs noms se déclinent en un poème épique. Les images se psalmodient. Il y a du moulin à prières dans le moteur de son appareil photo. Et Claudine Doury mouline les steppes et carbure aux détails, une veste déchirée, une adolescente la joue collée contre la vitre d’une Volga, une bouche édentée, une fumée qui s’élève (...).

Dans cet univers gigantesque où le ciel est « dix fois plus grand qu’ailleurs » où l’espace s’étire, la perdition ne vient pas d’un excès de géographie mais de l’abîme du temps. Progresser à l’horizontal c’est creuser dans le permafrost d’une histoire de douleurs et d’amour, saga dilatée où les langues s’entremêlent, où les pratiques chevauchent des aurores boréales, où les colonisés, les soviétisés, les abandonnés de la débâcle post-gorbatchévienne ne survivent qu’à grand renforts d’alcool et d’incantations. La Sibérie pour Claudine Doury est une formule magique. D’une boussole, elle serait l’aiguille.

Philippe Trétiack, écrivain, journaliste, architecte et correspondant de l’Académie des beaux-arts depuis 2006.



À voir également Le long du fleuve Amour de Claudine Doury
à la galerie Particulière, du 3 novembre au 1er décembre 2018.

www.lagalerieparticuliere.com