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“Pissarro” Le premier des impressionnistes
au musée Marmottan Monet, Paris

du 23 février au 2 juillet 2017 (prolongée jusqu'au 16 juillet 2017)



www.marmottan.fr

 

© Anne-Frédérique Fer, présentation presse, le 22 février 2017.

2089_Pissarro2089_Pissarro2089_PissarroLégendes de gauche à droite :
1/  Camille Pissarro, Deux Femmes causant au bord de la mer, 1856. Huile sur toile - 27,7 x 41 cm – Collection of Mr. and Mrs. Paul Mellon – Washington, National Gallery of Art. © Courtesy National Gallery of Art, Washington.
2/  Camille Pissarro, Bords de l’Oise à Saint-Ouen-l’Aumône, 1867. Huile sur toile - 45,7 x 71,1 cm – Denver Art Museum, don de la Fondation Barnett et Annalee Newman en l’honneur d’Annalee G. Newman. © Denver Art Museum.
3/  Camille Pissarro, Quai de la Bourse, Rouen, soleil couchant, 1898. Huile sur toile - 65 x 81,1 cm – Cardiff, Amgueddfa Genedlaethol Cymru – National Museum Wales. © National Museum of Wales.

 


2089_Pissarro audio
Interview de Christophe Duvivier, co-commissaire de l'exposition,
par Anne-Frédérique Fer, à Paris, le 22 février 2017, durée 16'33". © FranceFineArt.

 


extrait du communiqué de presse :

 

commissariat :
Claire Durand-Ruel Snollaerts, Historienne de l’art, co-auteur du catalogue critique des peintures de Camille Pissarro
Christophe Duvivier, Directeur des musées Camille Pissarro et Tavet-Delacour, Pontoise




« Ce qui fait que sortons peut-être tous de Pissarro. Il a eu la veine de naître aux Antilles, là, il a appris le dessin sans maître. Il m’a raconté tout ça. En 65, déjà il éliminait le noir, le bitume, la terre de Sienne et les ocres. C’est un fait. Ne peins jamais qu’avec les trois couleurs primaires et leurs dérivés immédiats. Me disait-il. C’est lui, oui, le premier impressionniste. » [1] Paul Cézanne

Le musée Marmottan Monet présente du 23 février au 2 juillet 2017 la première exposition monographique de Camille Pissarro organisée à Paris depuis près de quarante ans. Sélectionnés avec rigueur, soixante de ses plus beaux chefs-d’oeuvre, dont huit exposés en France pour la première fois, proviennent des plus grands musées du monde et de prestigieuses collections privées. Cet ensemble remarquable retrace son parcours, de sa jeunesse dans les Antilles danoises jusqu’aux grandes séries urbaines de Paris, Rouen, Dieppe et Le Havre, dessinant un portrait méconnu du « premier des impressionnistes ».

A l’entrée de l’exposition, l’autoportrait de Camille Pissarro accueille le visiteur. Sept sections retracent sa carrière et mettent en lumière l’originalité de son oeuvre. Dès sa jeunesse, Pissarro se distingue de ses contemporains. Il est initié à la peinture dans les îles, loin de Paris et de l’académie des beaux-arts. Deux Femmes causant au bord de la mer, 1856 (National Gallery of Art, Washington) prêté pour la première fois en France frappe par son exotisme et illustre ses débuts à nul autre pareil.

Installé en France en 1855, Pissarro fait bientôt la connaissance des futurs impressionnistes. Comme eux, il se passionne pour le plein air et le paysage. Il s’inspire alors de Jean-Baptiste Camille Corot et de Charles-François Daubigny comme en témoigne l’éloquent Bords de la Marne, 1864 (Kelvingrove Art Gallery and Museum) venu de Glasgow. Poursuivant ses recherches près de Paris, il peint La Route de Versailles, Louveciennes, neige, vers 1870 (Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich) et La Route de Versailles, Louveciennes, soleil d’hiver et neige, vers 1870 (Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid) qui sont ici montrés pour la première fois en France. Pissarro est alors considéré par Émile Zola comme « l’un des trois ou quatre peintres de ce temps ».

Premier à supprimer le noir et les ocres de sa palette, il évolue vers une peinture claire, typique de l’impressionnisme. Il sera l’un des membres les plus engagés du groupe et le seul à participer à leurs huit expositions. Plusieurs chefs-d’oeuvre dont Le Déversoir de Pontoise, 1872 (Cleveland Museum of Art, Cleveland) et Place du Vieux-Cimetière, Pontoise, 1872 (Carnegie Museum of Art, Pittsburgh) qui n’ont pas été vus en France depuis plus de 35 ans témoignent de sa maturité et du triomphe de l’impressionnisme.

A partir de 1883, Pissarro explore le thème de la figure et peint certaines de ses toiles les plus célèbres telles Jeune Fille à la Baguette dit aussi La Bergère, 1881 (Musée d’Orsay, Paris) et Jeune Paysanne au chapeau de paille, 1881 (National Gallery of Art, Washington).

En 1886, il évolue encore. Pissarro se détourne de l’impressionnisme et partage les recherches de Georges Seurat et des néo-impressionnistes. L’exposition présente les plus importants chefs-d’oeuvre de cette période dont La Cueillette des pommes, 1886 (Ohara Museum of Art, Kurashiki) et La Maison de la sourde et le clocher d’Éragny, 1886 (Indianapolis Museum of Art, Indianapolis).

Enfin, les deux dernières sections sont dédiées aux grandes séries portuaires et urbaines auxquelles l’artiste consacre une part importante de son oeuvre ultime. Un rarissime ensemble de vues de Rouen, du Havre, de Dieppe et de Paris – dont quatre n’ont pas été vues en France depuis plus d’un siècle – nous invite à découvrir un aspect trop méconnu de l’oeuvre de Pissarro.

Peintre de paysages et de figures, de la campagne et de la ville, « premier des impressionnistes » et promoteur du pointillisme, Camille Pissarro n’a cessé de se renouveler. L’exposition du musée Marmottan Monet met en lumière l’extraordinaire diversité d’un art digne et poétique aux dimensions humanistes et révolutionnaires.

[1] «Conversations avec Cézanne» - Propos rapportés par Joachim Gasquet initialement dans «Cézanne», Paris, 1921, P.M. Moran (éd.), Paris, Macula, 1978, p.121




Parcours de l’exposition

Précurseur du mouvement impressionniste, Camille Pissarro participa à l’organisation de la première exposition du groupe en 1874 et fut le seul à figurer à ses huit manifestations. Compagnon et ami fidèle de Claude Monet, intellectuel polyglotte, engagé et militant, il a exercé une influence considérable sur l’évolution de l’art en France. Il fut longtemps le seul à défendre Paul Cézanne, puis fut le premier maître de Paul Gauguin, avant de soutenir Georges Seurat et Paul Signac. Fidèle aux dimensions humanistes et révolutionnaires de son art, il contribua à la formation de ces artistes qui allaient fonder les esthétiques les plus novatrices. Le musée Marmottan Monet présente la première exposition monographique de Camille Pissarro organisée à Paris depuis trente-six ans. Avec une soixantaine de ses chefs-d’oeuvre qui, pour plus de la moitié, n’ont pas été vus en France depuis de nombreuses décennies, l’exposition retrace les étapes d’une oeuvre majeure du xixe siècle : les premiers envois de l’artiste au Salon, son rôle central dans l’affirmation de l’impressionnisme, sa période néo-impressionniste et enfin ses séries urbaines de Rouen, Dieppe, Le Havre et Paris. L’exposition du musée Marmottan Monet met en lumière la personnalité rayonnante et le riche parcours du « premier des impressionnistes ».

1. Les premières années, 1855-1865

En 1855, Pissarro quitte les Antilles danoises et s’installe à Paris pour parfaire sa formation et se confronter aux expositions parisiennes. Il est admis au Salon dès 1859, après avoir fait la connaissance de Camille Corot et Charles-François Daubigny, qui le soutiennent et dont il subit un temps l’influence. Il se revendique comme élève d’Anton Melbye et de Camille Corot aux Salons de 1864 et 1865. À partir de 1857, il fréquente l’Académie Suisse, où il va se lier avec Claude Monet et ceux qui seront ses plus proches amis : Paul Cézanne, Armand Guillaumin et Ludovic Piette. Les oeuvres de cette période témoignent d’une grande maîtrise technique mais n’appartiennent pas encore par leur palette à ce qui sera bientôt appelé l’impressionnisme. Souvent, en compagnie d’Antoine Guillemet, un proche de Corot, il peint sur le motif en région parisienne, à Montmorency, à La Roche-Guyon et sur les bords de la Marne, préparant ainsi des oeuvres de grand format pour les Salons.

2. Pontoise, 1866-1868 et Louveciennes, 1869-1872

L’année 1866 est un tournant dans l’oeuvre de Pissarro. Il va trouver, lors de séjours à Pontoise, des motifs qu’aucun autre peintre ne s’est appropriés auparavant. En 1868, il expose deux grands formats dont Le Jardin de Maubuisson, Pontoise, présenté ici, que Zola salue dans un article terminé par ses mots : « Pissarro est un des trois ou quatre peintres de ce temps. Il possède la solidité et la largeur de touche, il peint grassement, suivant les traditions, comme les maîtres. J’ai rarement rencontré une science plus profonde. » Au printemps 1869, il s’installe en famille à Louveciennes, dans une maison située route de Versailles. Cette période décisive pour l’impressionnisme, pendant laquelle Monet le rejoint parfois pour travailler sur le motif, sera interrompue en 1870 par la guerre franco-prussienne : en septembre, la famille Pissarro se réfugie chez Ludovic Piette dans la Mayenne, puis, en décembre, arrive à Londres, où Pissarro retrouve Monet et fait la connaissance de Paul Durand-Ruel, le futur marchand des impressionnistes. Fin juin 1871, il rentre en France et découvre alors sa maison de Louveciennes ravagée par les Prussiens, plusieurs centaines d’oeuvres étant perdues.

3. Pontoise, 1872-1883

Pissarro quitte Louveciennes en avril 1872 pour s’installer durablement à Pontoise, dans le quartier de l’Hermitage. Il apprécie la diversité de ces paysages où se mêlent intimement vie rurale et vie bourgeoise, les berges de l’Oise et ses coteaux, ainsi qu’une industrialisation naissante. Avec Monet et Gustave Caillebotte, il imagine la création d’un groupe d’artistes indépendants qui prend forme avec l’organisation en 1874 de la première exposition impressionniste. Dès l’été 1872, Paul Cézanne et Édouard Béliard le rejoignent à Pontoise pour de longs séjours de travail. Avec Cézanne, il entreprend une collaboration qui s’étalera sur des séquences de plusieurs mois jusqu’en 1882. Cézanne et Pissarro confrontent alors leurs visions et leurs écritures picturales sur les mêmes motifs ; ils s’influencent mutuellement et finalement se confortent réciproquement dans des directions divergentes. Ce sera ensuite Paul Gauguin qui, durant les années 1879-1883, viendra travailler et apprendre à peindre aux côtés de Pissarro.

4. Eragny-sur-Epte, 1884-1903

« Oui nous sommes décidés pour Éragny-sur-Epte ; la maison est superbe et pas chère : mille francs, avec jardin et prés. C’est à deux heures de Paris. » En avril 1884, la famille Pissarro quitte Osny pour Éragny, un petit village situé en pleine campagne, près de Gisors, qui partage avec Giverny – où Monet a élu domicile en 1883 – la rivière l’Epte. De larges prairies, qui vont devenir son nouveau terrain de jeu pictural, séparent sa maison du village de Bazincourt. De locataire, l’artiste passe propriétaire en 1892. Son épouse, Julie, possède un grand jardin où elle fait pousser des fleurs et cultive ses légumes, et l’artiste aménage la grange en un lumineux atelier. À Éragny, Pissarro dira qu’il vit comme « un ermite dans les déserts de la Thébaïde ; je ne fais plus attention qu’au temps, aux nuages, au soleil, aux feuilles qui poussent lentement et aux fleurs des arbres fruitiers ». Ici, il découvre la vraie vie rurale, paisible, loin du tumulte de la ville, où le temps s’écoule lentement, au fil des heures et au rythme des saisons. Il y explore encore plus qu’autrefois les effets du temps sur le paysage.

5. Le néo-impressionnisme, 1886-1890

Au début de l’année 1886, Pissarro accompagné de son fils aîné, Lucien, rend visite à Georges Seurat pour découvrir Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, oeuvre qui deviendra le manifeste du néo-impressionnisme. Pissarro, qui utilise depuis quelques années des couples de complémentaires et un système de hachures, comprend immédiatement la théorie du mélange optique et adhère à la révolution opérée par Seurat. Dès le début de l’année 1886, il travaille à des oeuvres divisées réalisées avec le petit point caractéristique du néo-impressionnisme. Lors de l’exposition du groupe en mai, il impose à ses amis la présence de Seurat et de Paul Signac dont les oeuvres sont regroupées avec les siennes dans une salle, offrant ainsi au néo-impressionnisme sa première confrontation avec le public. Pissarro, vite enthousiasmé, rencontre pourtant des difficultés avec une technique lente et contraignante, étrangère à toute spontanéité et, de surcroît, incomprise par son marchand et ses amateurs. Après avoir produit plusieurs chefs-d’oeuvre divisés, Pissarro s’écarte progressivement, à partir de 1890, de la rigueur du divisionnisme.

6. Les ports normands, 1883-1903

Après une dizaine d’années passées à Pontoise, une bourgade encore très rurale, Pissarro, alors dans une phase de doute, ressent le besoin de renouveler son répertoire pictural. C’est dans la ville de Rouen qu’il se rend, durant l’automne 1883, sur les conseils de son ami Claude Monet qui lui en a tant vanté les beautés. C’est un choc pictural. Pissarro découvre une ville aux multiples facettes qui lui offre un large choix de motifs qu’il va peindre au cours de quatre longs séjours, entre 1883 et 1898 : son quartier médiéval, sa cathédrale, son quartier ouvrier, la Seine et son grand port industriel. À Rouen, Pissarro va mettre en place, à partir de 1896, depuis la fenêtre d’un hôtel situé face à la Seine, la répétition en série d’un même motif sous différents éclairages. Afin de varier les sites, il poursuit les séries portuaires à Dieppe en 1901 et 1902, puis au Havre en 1903. Dans ses tableaux, il dit avoir « tâché de donner une idée du mouvement, de la vie, de l’atmosphère du port si peuplé de bateaux fumants, des ponts, des cheminées, des quartiers de la ville dans la brume, le brouillard, le soleil couchant ».

7. Paris, 1893-1903

Alors que ses amis impressionnistes quittent la ville à partir des années 1890, Pissarro au contraire intensifie ses séjours urbains, alternant son travail entre ville et campagne. C’est en 1893, depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel donnant sur la place du Havre, qu’il réalise ses premières vues de Paris. Quatre ans plus tard, en 1897, il peint depuis le même emplacement six nouvelles toiles. À partir de cette date et jusqu’à sa mort en 1903, encouragé par son marchand Paul Durand-Ruel, qui apprécie ses vues parisiennes, l’artiste parcourt la ville à la recherche de beaux motifs. Toujours installé en hauteur, derrière une fenêtre, il décrit l’animation des boulevards (le boulevard Montmartre et l’avenue de l’Opéra), les ponts (le Pont-Neuf), les jardins (les Tuileries), les monuments (le Louvre) et l’eau (la Seine). Dans ses motifs peints en série, Pissarro focalise son attention sur les variations lumineuses. Son monde urbain, rempli de véhicules, de badauds et de travailleurs, est ce que le critique Gustave Geffroy appelait « les spectacles de l’existence des villes ».