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“Le Grand Condé” Le rival du Roi-Soleil ?
au Domaine de Chantilly

du 5 septembre 2016 au 2 janvier 2017



www.domainedechantilly.com

 

© Anne-Frédérique Fer, présentation presse, le 2 septembre 2016.

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Légendes de gauche à droite :
1/  Le Grand Condé et son fils, attribué à Juste d’Egmont (Leyde, 1601-Anvers, 1674) et à Pierre Mignard (Troyes, 1612-Paris, 1695) ? Huile sur toile, vers 1666. Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon.
2/  Vue générale de Chantilly du côté de l’Entrée, par Adam Perelle (Paris, 1640-1695). Gravure sur cuivre. Chantilly, musée Condé, don Le Maresquier 1238, 1971-3-37. © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / Harry Bréjat. MV 8449. © RMN-Grand Palais / Gérard Blot.
3/  Portrait de Louis II de Bourbon, prince de Condé, dit le Grand Condé, en habit, par Juste d’Egmont (Leyde, 1601-Anvers, 1674). Huile sur toile. Chantilly, musée Condé, PE 132. © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda.

 


1954_Grand-Conde audio
Interview de Mathieu Deldicque, commissaire de l'exposition,
par Anne-Frédérique Fer, à Chantilly, le 2 septembre 2016, durée 9'24". © FranceFineArt.

 


extrait du communiqué de presse :

 

Commissariat :
Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine au musée Condé, assisté d’Astrid Grange




Du 5 septembre 2016 au 2 janvier 2017, le Domaine de Chantilly mettra à l’honneur, dans la salle du Jeu de Paume, l’un des personnages les plus flamboyants de l’Histoire de France, Louis II de Bourbon, prince de Condé (1621-1686), mieux connu sous le nom de Grand Condé.


Prince des Armes / Prince des Arts

Cette exposition – la première sur le sujet ! – permettra de découvrir la personnalité de celui qui fut à la fois le plus grand guerrier de son temps et un véritable héros, mais aussi un rebelle lors de la Fronde. Elle invitera le visiteur à se demander si le premier prince du sang a rivalisé avec son cousin Louis XIV, dans les domaines politique, militaire mais aussi artistique et culturel (en faisant de Chantilly un « anti-Versailles », plus libre et tolérant), mais aussi à voir combien il fut, finalement, l’un de ses plus grands serviteurs.

Amateur d’art, le Grand Condé le fut assurément. L’exposition sera l’occasion de découvrir les joyaux de sa collection de peintures, où les maîtres anciens (Van Dyck) côtoyaient les plus grands peintres du règne de Louis XIV (Le Brun, Mignard). Le prince fut également un amoureux des lettres et du théâtre, accueillant Molière, Racine, Boileau ou La Fontaine au sein de son château de Chantilly.


Le Chantilly du Grand Condé

C’est en effet le Grand Condé qui transforma Chantilly pour en faire une résidence de prestige. Il fit appel au jardinier André Le Nôtre pour créer le somptueux parc qui nous est parvenu et au fameux maître d’hôtel Vatel pour organiser les fêtes brillantes qui ont fait la réputation de Chantilly. Les visiteurs pourront redécouvrir la formidable histoire d’un Vatel alors grand ordonnateur des plaisirs du prince mais déshonoré par le retard de l’arrivée de la marée lors des réjouissances organisées par le Grand Condé en l’honneur du roi en 1671. Sa fin tragique – il se passa une épée à travers le corps – contribua à forger sa légende et un document d’époque jamais exposé viendra nous raconter cette histoire.


Une exposition inédite

L’exposition formera un diptyque, faisant d’abord la part belle au fracas des armes, aux portraits d’apparat et aux tableaux retraçant l’épopée guerrière du Grand Condé, s’intéressant dans un deuxième temps à l’intimité méconnue et fastueuse du prince, qui recevait dans l’espace de liberté qu’était Chantilly les plus grands esprits du temps et cultivait ses passions pour les arts. Elle se terminera par ses funérailles tout à fait baroques qui furent, d’après madame de Sévigné, les plus fastueuses qu’on ait connues.

Seront réunis plus de 120 oeuvres et documents historiques de première importance, avec des prêts prestigieux venant des plus grands musées français et étrangers (musée de l’Armée, château de Versailles, musée du Louvre, Victoria and Albert Museum, etc.).

Exceptionnels portraits d’apparat, armes et prises de guerre (dont le plus ancien drapeau conservé en France, pris en 1643 à la bataille de Rocroi), imposants tableaux de batailles, éditions originales des plus fameux écrivains et hommes de théâtre du Grand Siècle, dessins et tableaux de maîtres, sculptures, soie peinte de plus de 6 mètres de longueur sur 4 m de hauteur, gravures et plans de bataille permettront d’embrasser tous les aspects de cette riche personnalité. Parmi ces oeuvres, certaines regagneront Chantilly pour la première fois depuis la Révolution !

En plus d’être une exposition d’histoire, cette manifestation se voudra également un manifeste esthétique rassemblant parmi les plus belles créations du XVIIe français : portraits majestueux de Juste d’Egmont ou de Pierre Mignard, grandes toiles de batailles d’Adam-Frans Van der Meulen, bustes d’Antoine Coysevox, dessins de Jean Berain permettront de cerner un goût sûr et une époque fastueuse.

L’audacieuse scénographie, confiée à l’agence Jung Architectures, permettra d’entrer dans les champs de bataille du Grand Condé puis de goûter à la somptuosité des intérieurs et du parc de Chantilly, tout en se plongeant dans la vie d’amateur d’art et des lettres que le prince y menait.

Un catalogue richement illustré, édité par Snoeck et issu des recherches récentes sur le sujet, regroupera les contributions de spécialistes et nous présentera des aspects tout à fait méconnus du personnage.


Le rival du Roi-Soleil ?

Par ce sous-titre, le visiteur est invité à s’interroger sur la manière dont le Grand Condé a pu entrer en émulation, voire en rivalité, avec son cousin le Roi-Soleil.

Cette rivalité a pu se déployer de diverses façons. Sur le plan politique et militaire bien entendu, avec l’opposition progressive du Grand Condé qui aboutit à sa fronde contre le cardinal Mazarin et, de manière indirecte, contre la régente Anne d’Autriche et son fils, le roi Louis XIV. Cet antagonisme a connu son paroxysme avec la « trahison » du prince parti se réfugier aux Pays-Bas espagnols en 1652 : celui-ci mit en effet son épée au service du roi d’Espagne et combattit les Français entre 1652 et 1659. C’était du jamais vu !

Mais, ne nous trompons pas, le rebelle impénitent fut également le plus grand serviteur du roi. Dès 1643, à Rocroi, c’est lui qui sauva la couronne de son cousin, alors âgé de 4 ans. De même, au début de la Fronde, Condé joua le rôle de bras armé de Mazarin et du roi pour réduire les séditieux. Enfin, après 1659 et le retour du prince exilé en France, il redevint progressivement l’un de ses plus grands généraux, mettant son génie militaire au service des guerres de Louis XIV.

Cette émulation ou rivalité s’est également traduite sur le plan de l’image. Condé fut considéré comme un héros jeune, dès ses premières victoires. Son mythe fut porté par une véritable entreprise de propagande menée par la maison de Bourbon-Condé. Ce fut ainsi l’un des personnages les plus représentés au XVIIe siècle : nombre de ces portraits impressionnants pourront ainsi être admirés dans l’exposition. Cette construction de l’image – qui fait écho à des pratiques très actuelles ! –s’est notamment établie face à celle du roi.

En termes de mécénat, l’opposition entre les deux personnages ne fut pas frontale. À Chantilly, le Grand Condé ne chercha pas à rivaliser avec Versailles, mais instaura un autre Versailles, un Versailles différent et tolérant, où les esprits libres pouvaient être accueillis et s’exprimer (pensons à Molière mis en difficulté lors de la querelle du Tartuffe). Là, Condé appela les grands artistes actifs sur les chantiers de son cousin le roi : André Le Nôtre, Jules Hardouin-Mansart, mais aussi Charles Le Brun ou Pierre Mignard furent présents à Chantilly et exprimèrent tout leur talent au service d’un prince soucieux d’exprimer la noblesse de son rang. Le suicide de Vatel, lors des fêtes qui devaient réconcilier définitivement Condé et Louis XIV, peut, en quelque sorte, être considéré comme l’aboutissement tragique de l’émulation entre les deux hommes : l’enjeu était de telle taille – faire de Chantilly le plus beau lieu de fête du royaume – et la pression si forte que le maître d’hôtel du Grand Condé n’y survécut pas…

La réponse à la question posée par le sous-titre n’est donc pas binaire et permet, quoi qu’il en soit, de mettre en lumière l’affrontement le plus passionnant du Grand Siècle.