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“Chefs-d’oeuvre d’Afrique” Dans les collections du musée Dapper
au Musée Dapper, Paris

du 30 septembre 2015 au 17 juillet 2016 (prolongée jusqu'au 17 juin 2017)



www.dapper.com.fr

 

© Pierre Normann Granier, présentation presse, le 29 septembre 2015

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Légendes de gauche à droite :
1/  SONINKE, MALI, Statue-autel. Bois et pigments. H. : 103 cm. Datation au C14 : Xe siècle (ETH-12142 AD960 et AD865-1046). Ancienne collection de Lester Wunderman. Musée Dapper, Paris. Inv. n° 0068. © ARCHIVES MUSÉE DAPPER – PHOTO HUGHES DUBOIS.
2/  FANG, GABON / GUINÉE ÉQUATORIALE, Figure de reliquaire eyema byeri. H. tot. : 56 cm ; H. figure : 43 cm. Bois et pigments. Anciennes collections de Georges de Miré, de Louis Carré (1931), de Jacob Epstein et de Carlo Monzino. Musée Dapper, Paris. Inv. n° 2891. © ARCHIVES MUSÉE DAPPER – PHOTO HUGHES DUBOIS.
3/  SENUFO, CÔTE D'IVOIRE, Statuette kafigelejo. Bois, plumes, tissus, matières composites et pigments. H. : 90 cm. Ancienne collection de Charles Ratton. Musée Dapper, Paris. Inv. n° 0181. © ARCHIVES MUSÉE DAPPER – PHOTO HUGHES DUBOIS.

 


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Interview de Aurélie Leveau, réalisatrice du film Afrique plurielle,
par Pierre Normann Granier, le 29 septembre 2015 à Paris, durée 8'02". © FranceFineArt.

 


extrait du communiqué de presse :

 

Commissaire de l’exposition : Christiane Falgayrettes-Leveau, directeur du musée Dapper



Depuis son ouverture en 1986, le musée Dapper a organisé une cinquantaine d’expositions conçues comme des monographies ou articulées à partir de thèmes extrêmement divers ayant pour supports des objets provenant de collections publiques ou privées.

Aujourd’hui, Chefs-d’oeuvre d’Afrique, qui constitue un hommage au Fondateur, Michel Leveau, réunit des pièces majeures sélectionnées uniquement à partir du fonds Dapper et qui sont présentées ensemble pour la première fois.


Une collection d’exception
Ces oeuvres sont pour bon nombre d’entre elles des références incontournables des arts africains et n’ont aucun équivalent dans le monde, que ce soit au sein de collections publiques ou privées. Certaines avaient appartenu auparavant à de grands noms particulièrement concernés au début du XXe siècle par l’art moderne : Paul Guillaume, Jacob Epstein, Georges de Miré, Charles Ratton, Louis Carré, René Rasmussen, Helena Rubinstein… Ces marchands, artistes, écrivains et amateurs portaient un vif intérêt aux arts non occidentaux, notamment aux solutions plastiques qu’ils suggéraient aux créateurs.

Par la diversité du corpus, cette exposition permet aux visiteurs, spécialistes et néophytes, de saisir aisément les grands principes de base sur lesquels se fondent les arts traditionnels africains. Ainsi, pour la statuaire, quelques codes s’affirment : traitement frontal des figures, volume de la tête relativement important par rapport au reste du corps, yeux mi-clos, gestes récurrents caractéristiques tels les jambes fléchies, les bras ramenés le long du buste. La création de figures ou de masques puise dans un large répertoire qui oscille entre stylisation – aux limites de l’abstraction – et naturalisme, sans qu’il ne soit toutefois question de véritable portrait mais plutôt d’archétype. Si le sculpteur travaille son matériau avec dextérité, c’est à un autre intervenant, l’officiant des cultes, qu’il revient de donner sens et pouvoir à l’objet en lui ajoutant des éléments actifs, minéraux, végétaux, des matériaux prélevés sur des animaux (plumes, poils, griffes, cornes…).


Les oeuvres racontent la vie
Les quelque cent trente pièces de Chefs-d’oeuvre d’Afrique ont été sélectionnées en raison de leurs qualités plastiques, mais également pour les rôles qu’elles assuraient dans les sociétés qui les ont vues naître. Masques, statues et statuettes, parures, insignes et bien d’autres artefacts sont liés à des pratiques et des savoirs spécifiques. Certains objets étaient utilisés dans le cadre des initiations, celles des adolescents ou des hommes mûrs afin qu’ils développent leurs connaissances ésotériques et / ou techniques. D’autres – parfois les mêmes – intervenaient lors de cultes destinés à rendre hommage aux ancêtres, à assurer la fécondité des femmes, la fertilité des terres ou à soigner.



L’exposition est organisée selon deux grandes sections,
Afrique centrale et Afrique de l’Ouest, à l’intérieur desquelles les oeuvres sont regroupées selon leur fonction et leur proximité stylistique.




Le parcours s’ouvre avec le culte des ancêtres qui a favorisé chez les Fang et les Kota du Gabon la production d’objets d’une rare puissance plastique, dont rendent parfaitement compte les figures de reliquaire et d’une facture exceptionnelle.

Les rites attachés à cette pratique permettaient non seulement, avant toute décision importante touchant aux alliances, aux activités de subsistance, à la guerre et à la guérison, d’entrer en contact avec les ancêtres pour obtenir leur protection, mais également d’éviter les malheurs qu’ils pourraient provoquer si on ne leur rendait pas les hommages attendus.

Mettre en action les forces du monde surnaturel, c’est aussi le défi relevé par nombre d’artefacts du bassin du Congo qui comptent une incroyable diversité de styles maîtrisés par les sculpteurs, maîtres de forge et tisserands. En effet, des objets, instruments du pouvoir occulte que seuls peuvent manipuler les ganga, les officiants des cultes, sont spécialement conçus pour apporter leur efficacité au bon fonctionnement des institutions politiques et religieuses. C’est par exemple le cas de la statuette nkisi des Kongo dotée de charges « magiques » ou du masque bwoom des Kuba qui garantit le « bien-être » du roi.

Les objets se trouvent en effet fréquemment à la croisée du politique et du religieux. On peut prendre pour exemples les sculptures bangwa (Cameroun) créées au sein de chefferies ou de royaumes. L’appartenance de ces pièces à la sphère du pouvoir sacré se révèle à travers leur esthétique. Elles arborent, à l’instar de l’une des icônes du musée Dapper, divers attributs, coiffure, collier, bracelets et accessoires, dont des instruments de musique ; elles sont également dotées d’une gestuelle particulière qui évoque tel ou tel culte dans lequel elles intervenaient.



La seconde partie de l’exposition est consacrée à l’Afrique de l’Ouest. L’amplitude dans le temps des arts du « pays dogon » (Mali) est introduite avec la présentation du spécimen le plus anciennement connu : cet autel qui était vraisemblablement fiché dans le sol remonte au Xe siècle. D’autres pièces, comme les figures équestres, intègrent dans leur iconographie des éléments qui renvoient à l’histoire et au mythe. Ce type de représentation a été parfois rattaché au hogon, le chef religieux. Selon certaines traditions, celui-ci serait considéré comme une sorte d’incarnation de Dyon, un des ancêtres primordiaux qui serait venu du Mandé à cheval. Les Dogon seraient partis de cette région pour occuper principalement la falaise de Bandiagara vers les XVe-XVIe siècles.

C’est encore le Mali qui nous fournit des exemples signifiants de l’omniprésence des artefacts en tant qu’instruments éducatifs et ludiques. Ainsi, chez les Bamana, le masque ntomo, qui se caractérise par une rangée de cornes, participe à l’initiation des jeunes jusqu’à leur circoncision. Le relais est assuré ensuite par d’autres types de masques qui accompagnent les hommes adultes durant toute leur vie.

L’intervention permanente des objets pour gérer la vie des individus concerne fortement les cultures de la Côte d’Ivoire. Chez les Baule, toute personne demeure, dès sa naissance, liée à l’autre monde, car elle possède un époux mystique du sexe opposé, qui un jour ou l’autre viendra perturber son quotidien. La fabrication d’une statuette dont le visage et le corps sont sculptés avec soin met fin au désordre. Mais un objet dont l’esthétique se fonde sur l’accumulation d’éléments hétérogènes, plumes, tissus, matières organiques comme le montre le kafigelejo des Senufo, remplit parfaitement sa mission : susciter les forces occultes pour juger et punir les coupables de forfaits.

Le Ghana, dont certains peuples tels les Akan se retrouvent également en Côte d’Ivoire, a rayonné économiquement durant des siècles grâce au commerce des esclaves et de l’or. Chez les Asante, dont le royaume était riche de traditions artistiques, le précieux matériau, utilisé pour les parures et les insignes de dignité, incarne le pouvoir politique et spirituel, tandis que le travail de la terre cuite permettait de conserver les traits magnifiés des figures ancestrales honorées lors des rituels funéraires.

De même, dans l’ancien royaume du Danhomè (actuel Bénin), les structures institutionnelles qui organisaient la pérennité du pouvoir déterminaient fortement la conception des productions artistiques. Ainsi, la statue du roi Glèlè constitue un exemple remarquable montrant dans quelle mesure les objets destinés aux souverains sont porteurs de symboles qui les inscrivaient dans leur généalogie et de codes qui les projetaient vers leur devenir.

La sculpture constitue l’un des moyens de communication visuelle les plus efficaces pour maintenir et conforter les liens entre le politique, le social et le spirituel. À cet égard, les objets apparaissent comme des instruments essentiels qui, outre leur esthétique, doivent intégrer un certain nombre d’éléments assurant leur efficacité. Des libations de substances diverses, telles que sang, bouillie de céréales, huile de palme, sont effectuées. Elles sont accompagnées de paroles, de musiques, de gestuelles. Tous ces actes garantissent que rien n’est laissé au hasard pour piéger les forces négatives, les contrôler et les mettre au service des humains.




Afrique plurielle

Fidèle à sa volonté de faire partager à son public des expériences diverses, spirituelles, identitaires et artistiques, liées à des pratiques développées dans des sociétés contemporaines, le musée Dapper présente Afrique plurielle, une création d’Aurélie Leveau.

Cette passionnée de photographie a choisi la forme du montage non pas avec des éléments pris dans son propre travail, mais en allant chercher des images fortes chez ceux qui, photographes et réalisateurs, ont porté un regard distancié sur leurs sujets. Ces derniers, lorsqu’ils sont artistes, prennent directement la parole ou se mettent eux-mêmes en scène.

Afrique plurielle, constitué de montages de documents anciens, de photographies et d’extraits de films, a été conçu pour que d’emblée le visiteur ait la sensation de pénétrer dans des images et d’être pénétré par elles. Celles-ci se relaient pour que surgissent des tableaux réunis dans un triptyque.

Libérer les cheveux /// Marquer la peau /// Danser la mort

Trois sous-titres pour trois séquences qui mettent en regard des croyances et des rituels que partageaient autrefois les membres d’un même clan, d’un même lignage, et des actes qui aujourd’hui scellent des alliances entre des hommes et des femmes qui se forgent un destin commun.




Le Livre : Chefs-d’oeuvre d’Afrique dans les collections du musée Dapper

Des pièces majeures, qui pour certaines d’entre elles n’ont pas d’équivalent dans le monde, sont réunies pour la première fois dans un ouvrage de référence publié en hommage à Michel Leveau, le fondateur du musée Dapper. Un de ses articles, « La découverte des figures de reliquaire dites kota » (Gabon), est réédité ici.

Nombre de ces objets ont appartenu auparavant à des grands noms ayant marqué la reconnaissance des arts non occidentaux au début du xxe siècle – Paul Guillaume, Jacob Epstein, Charles Ratton…

Remarquables par leur qualité esthétique, les quelque cent trente oeuvres reproduites – masques, statues, statuettes, insignes et parures – témoignent de la richesse des pratiques artistiques de l’Afrique subsaharienne. Leurs fonctions politiques, sociales et religieuses sont éclairées par les analyses de spécialistes reconnus, anthropologues, ethnolinguistes ou historiens de l’art : Alain-Michel Boyer, Jean-Paul Colleyn, Christiane Falgayrettes-Leveau, Christiane Owusu-Sarpong, Anne van Cutsem-Vanderstraete et Jean-Pierre Warnier. Chaque auteur a rédigé pour ce catalogue, qui s’articule en deux grandes sections – Afrique centrale et Afrique de l’Ouest –, un texte de présentation général suivi de notices dans lesquelles il a résumé l’essentiel de ses connaissances sur le sujet.

Ce livre permettra à chaque lecteur, spécialiste, simple amateur ou néophyte, d’entreprendre un voyage riche de découvertes à travers l’univers des formes et des spiritualités que les cultures africaines nous proposent en partage.




Michel leveau (30 novembre 1930 – 14 novembre 2012)

Michel Leveau s’est éteint sur l’île de Gorée, au large de Dakar. Il mettait en place la première édition de « Dapper hors les murs » au Sénégal. Son souhait le plus cher se réalisait : que les nouvelles générations africaines puissent avoir accès à leur patrimoine.

Le président de la Fondation Dapper ne se voulait nullement collectionneur. Son intérêt pour l’Afrique était certes lié à son parcours professionnel, mais il traduisait tout autant ses convictions profondes. Ce polytechnicien, professeur d’économie, membre du Corps des mines, avait pour ambition de faire changer le regard sur les arts africains, lesquels étaient souvent ignorés, voire méprisés, il y a trente ans lors de l’ouverture du musée.

Sa générosité, sa persévérance et son savoir ont fait de Michel Leveau un pionnier et un mécène reconnu internationalement. Esthète, amateur éclairé, il était avant tout guidé par la rigueur scientifique. Accordant une grande importance aux méthodes qui permettent d’appréhender le passé des oeuvres, il fit procéder à des datations au carbone 14 et par thermoluminescence sur des pièces de la collection Dapper.

Par ailleurs, le nom retenu pour la Fondation relevait d’un choix symbolique : Olfert Dapper, humaniste hollandais qui n’avait jamais quitté son pays, avait rédigé une Description de l’Afrique, publiée en français en 1686. Cet ouvrage constitue une synthèse des récits de commerçants et de voyageurs arabes et européens ayant visité le continent africain. Cette sorte d’encyclopédie demeure un ouvrage de référence pour les chercheurs.